


Numéro du 15 octobre au 15 novembre 2007
Dans 35 ans, près de 300 Québécois mourront chaque jour, soit le double d’aujourd’hui. Des gens qu’on connaît, qu’on aime, surtout des baby-boomers qui auront vieilli. Ce sera le death boom.
Cette période s’annonce prospère pour notre industrie funéraire, qui brasse actuellement plus de 300 millions de dollars par an. Elle s’annonce également intense pour les 3 000 travailleurs de la mort : si le deuil est lent, le corps, lui, exige une action rapide.
En attendant cette manne, les croque-morts font face à des temps incertains. Au fil des ans, l’abandon de la religion a tué la plupart des rituels funéraires sur lesquels ils ont bâti leur modèle d’affaires dans les années 1940. Seulement 50 % des gens sont aujourd’hui embaumés puis exposés. Il y a 30 ans, c’était un passage obligé. Plus rapide et moins chère, la crémation a la cote. Aussi bien dire que les entrepreneurs de pompes funèbres combattent la poussière.
Ils se battent aussi pour satisfaire tous les fantasmes funéraires. Des obsèques à l’image du disparu. Des éléphants au cimetière. Céline et Garou qui chantent Sous le vent. Des «célébrants» sortis d’on ne sait où... En quête de sens, les funérailles ne sont plus ce qu’elles étaient. La mort et le deuil non plus. On meurt souvent à l’hôpital, lentement, dans l’impuissance de notre entourage à nous retenir. Le deuil commence là et se poursuit comme il peut après, dans le monde des vivants. Là où, étrangement, personne n’apprend à mourir ou à survivre à la mort des autres.
La mort est en effet bien embêtante. Elle ne laisse aucune marge de manœuvre. Très rapidement, il faut disposer du corps, organiser des adieux, vivre sa peine. Accepter la plus grande énigme de l’existence humaine.
Et tout ça coûte une petite fortune, des milliers de dollars. Trop? Certains disent que des maisons funéraires abusent, qu’elles étirent un peu les sandwichs pas de croûte et le satin du cercueil. C’est possible. La quête du profit n’épargne aucune industrie.
Chose certaine, il faut bien que quelqu’un s’occupe de nos morts puisque le commun des mortels en est tout bonnement incapable. Quelqu’un doit faire le travail. Un travail qui va bien au-delà du réel.