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Mot de la rédaction

Numéro du 15 mars au 15 avril 2008

Les «envahisseuses»

En sortant d’une entrevue avec un sociologue, notre journaliste Marie-Hélène Proulx débordait d’enthousiasme. La raison de cet accès? Un flash, qu’elle s’est empressée de partager avec ses collègues. «Le sociologue pense que les femmes sont maintenant les êtres forts de la société québécoise.»

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’on entend ça. Bien des hommes se plaisent à dire que les femmes portent la culotte depuis la nuit des temps, particulièrement au Québec. Une façon comme une autre de défendre le statu quo.

Marie-Hélène a poursuivi : «On sait déjà qu’elles sont meilleures à l’école.» Côté éducation, il n’y a pas à dire, les chiffres sont éloquents. Depuis près d’une dizaine d’années, la domination féminine est indiscutable et, à l’université comme au cégep, à l’entrée comme à la sortie, on compte en moyenne six femmes pour quatre hommes. Dans presque tous les domaines.

Ne restait plus qu’à formuler la question qui tue : les femmes feront-elles la loi et l’ordre au travail, comme les hommes jusqu’à maintenant et depuis toujours? Ce ne serait pas une première. Dans la société iroquoise d’avant Jacques Cartier, les femmes détenaient et exerçaient tout le pouvoir.

Quelque chose comme un girl power, mais les Spice Girls en moins et le pouvoir en plus.

C’est une chose de constater que les filles sont meilleures à l’école, et qu’elles pourront, dans cette nouvelle économie axée sur le savoir, dominer au travail. Mais il faut aussi tenter de répondre à une question inévitable : pourquoi? Et, sous-entendu : si les filles sont si bonnes, est-ce parce que l’école est faite pour elles? Est-ce que leur réussite ne se fait pas au détriment des garçons?

Pourtant, ils ne vont pas mal du tout, les gars : depuis 1989, leur taux de décrochage n’en finit plus de baisser.

Ils ne sont pas moins bons.

C’est juste que les filles sont meilleures!

•••

En lisant les résultats d’une étude parue l’automne dernier, j’avais rigolé un peu, discrètement. On y apprenait que les trois quarts des travailleurs québécois se plaignaient de payer trop d’impôt. Et pourquoi je rigolais? Parce que seulement 15 % d’entre eux étaient en mesure d’expliquer la nature des retenues salariales qui apparaissaient sur leur talon de paye.

Pendant que je me bidonnais, mon collègue Éric Grenier, plus charitable, a eu la bonne idée de commander un texte qui décortique l’horrible jargon qui figure sur les talons de paye.

Ou c’est peut-être parce qu’il ne comprenait pas son propre talon...

Pierre Frisko
rédacteur en chef adjoint



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