


Numéro du 15 mai au 15 juin 2008
Quand j’étais petit, mon père était vendeur d’encyclopédies itinérant. De cette espèce presque éteinte aujourd’hui, qui filait de porte en porte pour vendre le savoir en 18 volumes et 36 paiements.
Accompagné de sa fidèle valise, il ratissait la province de long en large pour distribuer sa bonne nouvelle, mais il avait un net penchant pour une clientèle bien précise : les cultivateurs. Ce n’est pas qu’il avait beaucoup d’estime pour eux. Au contraire, il affichait un certain mépris pour ces ruraux qu’il jugeait un peu rustres et mal éduqués. Mais comme tout bon vendeur, il ne pouvait résister à l’attrait d’un client au portefeuille bien garni.
Mon père a délaissé le porte-à-porte il y a longtemps, mais de toute façon, je ne crois pas qu’il s’intéresserait aujourd’hui aux cultivateurs. D’abord, ils ne sont plus assez nombreux. Trois fois moins qu’à l’époque de mon jeune âge. Ensuite, ils ne font plus assez d’argent, et n’en finissent pas de s’endetter. Loin d’être les clients idéaux, du moins pour un vendeur.
Par contre, avec leur situation qui se détériore sans cesse, les agriculteurs constitueraient une clientèle parfaite pour les psychologues. La moitié des quelque 1 300 fermiers répondants à un sondage dont a pris connaissance notre journaliste Marie-Hélène Proulx, estimaient être dans un état de détresse psychologique élevée. Et le suicide est souvent considéré comme une porte de sortie.
À une époque où on se préoccupe du taux de bonheur des poulets d’élevage, il ne serait peut-être pas déplacé d’avoir aussi une pensée pour ceux qui les élèvent...
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Dans le rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, on écrit : «Les acteurs ont déploré l’effritement du leadership du MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation] au cours des dernières années, sa perte d’expertise, la maigreur de ses budgets et de ses moyens d’action et l’attention disproportionnée qu’il porte au volet économique de sa mission.»
Notre journaliste en a eu une belle démonstration quand elle a téléphoné au MAPAQ et demandé à parler au responsable du dossier sur la détresse psychologique chez les agriculteurs. On l’a rappelée une dizaine de minutes plus tard pour lui dire ceci : «On m’informe que c’est l’Union des producteurs agricoles [UPA] qui est porteur [sic] du dossier.»
Un peu comme si le ministère des Transports confiait un de ses dossiers au Club automobile...
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C’était vers la fin des années 1990. Pendant que les écolos s’inquiétaient de l’arrivée fracassante des OGM sur la planète agricole, les chantres de ces semences reprogrammées en vantaient les vertus nourricières. Surtout, il ne fallait pas arrêter le progrès. À les écouter, il n’y avait que les OGM pour venir à bout de la faim dans le monde.
Au moment d’écrire ces lignes, les habitants d’une trentaine de pays étaient aux prises avec une crise alimentaire. OGM ou pas. Notre journaliste Marie-Eve Cousineau en a constaté les effets dévastateurs au Burkina Faso, petit pays enclavé d’Afrique de l’Ouest.