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Mot de la rédaction

Numéro du 15 juin au 15 août 2008

18 pouces

L’ambiance était celle d’une salle de rédaction normale, qui vibrait au son des claviers qui claquent et des conversations téléphoniques. Soudainement, le rédacteur en chef a posé la question qui nous a d’abord désarçonnés avant de provoquer l’hilarité générale : «Est-ce que quelqu’un sait où sont les guillemets majuscules sur le clavier?» Un guillemet majuscule? Et pourquoi pas une virgule accentuée, tant qu’à y être...

Pas besoin de vous préciser que le rédac. chef s’est senti un peu minable. Pourtant, il n’était pas pire que les autres. Ou si peu. Un utilisateur normal, qui tentait de maîtriser ce qui lui semblait une dactylo un peu trop compliquée.

C’était la grande époque, celle où les ordinateurs ont fait massivement leur entrée dans les milieux de travail, avec à la clé la promesse d’une hausse de productivité phénoménale. Du jour au lendemain, les Excel, Lotus Notes et autres Windows s’imposaient dans le paysage pour nous simplifier la vie. Peu importe si on en avait besoin, ils étaient là. Pour de bon. Et d’une année à l’autre, les versions nouvelles et améliorées, dans la plus pure tradition publicitaire américaine, se succédaient.

Pourtant, de much better en much better, comme disait Yvon Deschamps, nous nous retrouvons toujours aussi démunis face à ces outils dont la logique nous échappe.

Du jour au lendemain, il devient impossible d’ouvrir des fichiers qui s’affichaient sans problème la veille encore. Sans avertissement, une mise à jour rend caduque la moitié de nos logiciels. Ou un pare-feu nous protège non seulement contre les intrusions, mais contre nos propres manipulations...

Parfois, l’informatique semble destinée à nous faire sortir le pire de nous-mêmes.

•••

Heureusement que, pour voler à notre secours, il y a les techniciens. D’accord, ils sont parfois étranges. Ils marmonnent un jargon incompréhensible, parsemé de gigs, de bios et de spyware. Et quand vient le temps de parler des utilisateurs, ils emploient l’expression code 18, blague subtile signifiant que le problème est généralement situé 18 pouces devant l’ordinateur.

C’est-à-dire nous. Ah! ah! Ils ont tellement confiance en la bonne fée informatique qu’ils ne peuvent même pas imaginer que le problème soit situé à 18 pouces «de» nous. Pas devant la machine, mais dedans.

Dans un site d’initiation à l’informatique, j’ai pu lire la recommandation suivante : «Si l’on est novice dans l’usage de l’outil informatique, il vaut mieux dire “Oui” ou “OK” chaque fois et faire ce que l’ordinateur demande.» Après ça, on peut difficilement s’étonner de ressentir un vague sentiment d’impuissance...

Face à tout ça, certains ont décidé de rester à l’écart de la technologie, comme ce vieux prof de l’INRS qui confiait à notre journaliste qu’il travaille sans ordinateur, écrit avec un crayon et fait imprimer ses courriels par une secrétaire.

C’est peut-être lui, le plus efficace...



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