ZOOM - numéro du 15 juin au 15 août 2006
Recherche et rédaction : Éric Grenier
La bile de Bill
Follow the money…
Pont d’or sur la Chaudière
Visages à deux faces
Ordre aux ordres
La bile de Bill
Pôvre chou! L’homme le plus fortuné de la Voie lactée, Bill Gates, alias la revanche du Schtroumpf à lunettes, trouve déplorable sa vie de camarade richissime. «J’aimerais ne pas l’être. Rien de bon ne vient avec ce statut», a-t-il affirmé tristement au réseau MSNBC, dans une entrevue accordée lors d’un événement corporatif de Microsoft, au siège social de la société en banlieue de Seattle, en mai. Il déteste notamment être constamment sous les feux de la rampe, lui qui préférerait une vie plus recluse. À la question : «Êtes-vous entouré de personnes de votre rang social?», il a répondu : «Non, je m’assois toujours seul.» Depuis la fin des années 1980, Bill Gates a perdu plus de
40 milliards de dollars à la suite de l’effondrement des titres technos à la Bourse. Il ne vaut plus que 60 milliards.
Follow the money…
Les employés de l’État québécois doivent se contenter d’un gel salarial pour les deux prochaines années. Les salariés canadiens ont vu leur paye augmenter au cours de la dernière année juste assez pour couvrir l’inflation et les hausses de tarifs de toutes sortes. Et pourtant, l’économie du pays roule à plein régime. Où va donc l’argent? Voici une partie de la réponse : les chefs de direction des grandes entreprises canadiennes ont gagné 39 % plus d’argent en 2005 qu’au cours de l’année précédente. Selon les conclusions du tout dernier sondage du quotidien torontois The Globe and Mail sur la rémunération des dirigeants d’entreprises publiques canadiennes, Hank Swartout, le patron du fonds de revenus pétroliers Precision Drilling Trust, a touché 74,8 millions de dollars l’an dernier, ce qui fait de lui le grand gagnant de ce mouvement à la hausse. Près des trois quarts de cette somme consistent en des options d’achat d’actions, alors que le salaire de base et la prime de M. Swartout totalisent 4,2 millions de dollars. Le chef de la direction du Canadien National, Hunter Harrison, est second, avec un revenu de 56,2 millions en 2005, dont environ la moitié lui a été remise sous forme d’options d’achat de titres. Très loin derrière, les Québécois les mieux rémunérés sont André et Paul Desmarais fils, de Power Corporation, qui ont empoché, à deux, 32,8 millions de dollars l’an dernier.
Pont d'or sur la Chaudière
La Beauce appelle à l’aide! L’industrie manufacturière de la région Chaudière-Appalaches manque cruellement de bras. Dans une enquête publiée par le Journal de Québec le
29 avril dernier, il apparaît que les entreprises beauceronnes comme Canam, Maax et Béton Bolduc doivent tendre un pont d’or pour attirer une main-d’œuvre rare. Malgré cela, les travailleurs continuent de faire la fine bouche. Les employeurs locaux se l’expliquent mal. Pourtant, un travailleur non diplômé peut gagner jusqu’à 21 $ l’heure chez Canam, le fabricant de pièces métalliques de la famille Dutil, en plus de pouvoir comptabiliser les heures supplémentaires à temps double à volonté. Syndiqué, ce même employé jouit d’un système de rémunération variable, une prime attribuée selon la performance de l’entreprise, qui peut faire augmenter son salaire de 12 %. Partout dans les vallons de la région, les entreprises rivalisent d’incitatifs semblables pour attirer chez elles les travailleurs si désirés. Formation des recrues (jusqu’à 150 heures payées!), régimes de retraite généreux, et même des professeurs à temps plein pour de la formation continue!
Visages à deux faces
Après les patrons menteurs (
Magazine Jobboom, «Dans le secret des dieux», entrevue avec Cynthia Shapiro, 15 avril 2006, vol. 7, no 4), voici maintenant les collègues menteurs! Une équipe de chercheurs issus de trois universités ontariennes (McMaster, de Toronto et Queen’s) a découvert que la majorité des travailleurs canadiens cachent des renseignements stratégiques à leurs collègues, et même leur mentent en plein visage. «Tout le monde se vante du travail d’équipe, à quel point tout le monde partage l’information. C’est une vision fleur bleue de la réalité», a affirmé Catherine Connelly, l’une des auteurs de la recherche, lors d’une présentation dans le cadre d’un congrès de psychologues industriels à Dallas, le mois dernier. La comédie est l’une des techniques utilisées par les travailleurs pour fourvoyer leurs camarades. Ainsi, tout en donnant l’apparence de venir en aide aux collègues et de les tenir informés, ils feraient tout le contraire. «Ils jouent les idiots, soutient Connelly. Quand on leur demande de l’aide, ils répondent souvent “je voudrais bien, mais je ne connais rien là-dedans”, ce qui n’est pas vrai!» Les plus ambitieux éviteraient de tenir le rôle de l’idiot, afin de ne pas nuire à leurs chances de promotion. Ils s’exerceraient plutôt dans la rétention de l’information. La peur de perdre des avantages compétitifs sur leurs collègues, de les voir s’attribuer leurs compétences ou de constater de meilleures performances chez eux que chez soi inciterait les employés à mentir.
Source : The Globe and Mail, 4 mai 2006.
Ordre aux ordres
Les immigrants professionnels pourraient avoir plus de facilité à exercer leur profession au Québec. Le ministre de la Justice du Québec, responsable du Code des professions, Yvon Marcoux, a déposé le 10 mai dernier le projet de loi 14 qui vise à modifier le Code des professions. Ces modifications permettront aux ordres professionnels de reconnaître plus rapidement la formation et les diplômes des personnes formées hors du Québec. Ainsi, les ordres professionnels pourront délivrer trois types de permis : des permis restrictifs temporaires; des permis restrictifs permanents, appelés «permis spéciaux»; des permis pour membres d’un ordre professionnel à l’extérieur du Québec, connus sous le nom de «permis sur permis». Par ailleurs, les ordres professionnels devront déterminer, par règlement, une procédure pour reconnaître, par équivalence, une formation ou un diplôme obtenu hors du Québec. Le ministre Marcoux a toutefois tenu à préciser que les nouvelles dispositions maintiendraient le seuil de compétence nécessaire à la protection du public.
