Jean Charest doit être heureux de ferrailler avec les polémiques d’Orford, de Mulcair, de la SAQ et de la SAAQ, des (non) baisses d’impôts, des augmentations de tarifs d’électricité et alouette (déplumée!). Car sur l’un des thèmes majeurs du programme libéral, rien ne va plus.
C’est l’économie. Qu’est-ce qui cloche avec l’économie québécoise? Elle est en panne. Même les provinces les plus pépères, comme la Saskatchewan et Terre-Neuve, coiffent haut la main le Québec sur tous les aspects de la vie économique. Depuis plusieurs semaines, de nombreux rapports provenant de sources hétéroclites pointent dans la même direction : down the drain…
Déposition no 1 : L’emploi. Depuis le début de l’année, le Québec compte 5 600 emplois de moins. Et n’eût été l’apparition de jobines à temps partiel en grand nombre, la perte aurait été plus importante. Depuis un an, la croissance de l’emploi au Québec a été de 1,2 %, contre 1,7 % dans l’ensemble du pays, dont 2,6 % au Nouveau-Brunswick. Pour les économistes de la banque CIBC, le Québec peinera à afficher une croissance de l’emploi au-dessus de 1 % pour les deux prochaines années. Dans l’Ouest, 48 % des employeurs comptent embaucher du personnel. En Ontario, c’est 31 %, dans les Maritimes, 24 %. Au Québec, 18 %. Ce qui fait dire à la CIBC que le marché de l’emploi est prospère au Canada, sauf au Québec.
Déposition no 2 : L’investissement. Qui investit s’enrichit, alors il y a de grands risques d’appauvrissement au Québec. Selon une enquête annuelle de Statistique Canada, les investissements privés et publics n’augmenteront que de 0,9 % au Québec en 2006, alors qu’ils croîtront de 6,1 % pour l’ensemble du Canada. En 2005, la hausse des investissements a été de 7,1 % pour le Canada, contre un anémique 1 % ici, le pire score au pays.
Déposition no 3 : La croissance économique. Selon le Conference Board, le Québec fera moins bien que la moyenne canadienne, dont l’expansion économique sera de 2,9 % et 3,1 % en 2006 et 2007. Au Québec, 2,2 % et 2,7 %. Seule l’Île-du-Prince-Édouard fera pire. Ça, ce sont les prévisions optimistes. Les pessimistes, qui proviennent de la CIBC, font état d’une croissance de 1,7 % cette année et de 1,9 % l’an prochain.
Déposition no 4 : La productivité. Pour être productif, il faut investir. Partout au Canada, depuis la montée du dollar, on s’emballe pour acheter à prix d’aubaine machinerie et technologies accessibles en importation. Partout au Canada? Non, un village d’irréductibles Gaulois résiste, et je vous laisse le soin de deviner lequel. Statistique Canada estime à 0,9 % les perspectives d’investissement en usine, en matériel et en logement pour 2006 chez ces Gaulois. C’est 6,5 % en Ontario et 6,1 % pour l’ensemble du pays.
Déposition no 5 : La confiance. Une étude de l’Institut Fraser qui, malgré ses biais idéologiques, démontre bien le peu de confiance des investisseurs. Sur une échelle de 1 à 10, le Québec «cote» à 3,5. Ce qui lui vaut le dernier rang. Ce qui explique que l’étude annuelle de la firme comptable KPMG place Montréal comme la ville la plus cheap sur le continent pour y installer une entreprise : personne ne veut y venir.
Défense : Certes, le gouvernement actuel est pris avec ses propres démons. Mais chaque gouvernement a son lot de boulets. Or, certains s’en tirent mieux. Le précédent a vu l’industrie des TIC s’effondrer mondialement, les États-Unis flirter avec la récession, les attentats du 11 septembre, un krach boursier. Et pourtant, durant cette période des mille misères, l’économie de la province a réalisé ses gains les plus spectaculaires des 40 dernières années.
Contre-interrogatoire : Une bonne partie de la politique de développement économique du gouvernement reposait sur les baisses d’impôts, une stratégie qui, en Ontario dans les années 1990, a donné un coup de fouet à l’économie de cette province. Or, des baisses d’impôts, il n’y en aura qu’en 2007 à raison d’une tablette de chocolat par semaine. Pire, selon les savants calculs de l’équipe de l’infoman Jean-René Dufort, non seulement notre économie n’est pas ragaillardie par 5 milliards de dollars d’impôts en moins, elle souffre de 2,5 milliards d’augmentations de tarifs de toutes sortes qui trouent les poches des consommateurs. Et à propos des milliers de pertes d’emplois? Silence radio dans le budget de mars dernier.
Jugement : Comme disait l’autre, à défaut de ne pas aider, ils pourraient au moins éviter de nuire.