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Ceux qui croient encore à l’eldorado une fois la horde de baby-boomers retirés du marché du travail devront peut-être se raviser. Les employeurs profiteraient plutôt de la mise au rancart de leurs vieux salariés pour effectuer une grande correction des conditions de travail. Une correction vers le bas, ceci dit.
Selon un rapport1 du Congrès du travail du Canada (CTC) publié en juillet dernier, les jeunes hommes aujourd’hui âgés de 15 à 24 ans gagnent 25 % moins que ce que gagnaient les hommes de cet âge au milieu des années 1970. Les jeunes femmes s’en tirent un peu mieux, avec une baisse de 20 %. Les jeunes seraient aussi davantage susceptibles de travailler à temps partiel. Ils enregistrent donc moins d’heures de travail et un salaire hebdomadaire moindre.
Andrew Jackson, économiste au CTC et auteur du rapport, constate que 45 % des travailleurs âgés de 15 à 24 ans qui travaillent à temps plein aujourd’hui sont aussi faiblement rémunérés. Cette proportion n’était que de 31 % il y a 20 ans. Être faiblement rémunéré, c’est combien au juste? À peine 375 $ par semaine ou moins, soit approximativement le seuil de pauvreté pour une personne vivant seule dans une grande ville. De plus, l’auteur fait remarquer que le pouvoir d’achat des jeunes s’effrite depuis les années 1980 à cause de la croissance des ponctions fiscales et du coût des biens de base, comme une maison. Il y a aussi les dettes d’études qu’un plus grand nombre de jeunes scolarisés doivent supporter. Ce qui complique l’entrée dans la «vraie» vie, croit Jackson. En effet, les jeunes de 20 à 24 ans repoussent des projets de vie — conjoint, maison, poupon — et collaient chez papa maman dans une proportion de 58 % en 2001 contre 42 % 20 ans plus tôt.
À chaque départ à la retraite, les employeurs en profiteraient pour abolir les postes laissés vacants et pour en créer des nouveaux, mais sans les conditions de travail qui se rattachaient aux anciens. Dans une récente étude intitulée Les bons emplois disparaissent-ils au Canada?2, Statistique Canada affirme que les travailleurs nouvellement embauchés, qu’ils soient hommes ou femmes, jeunes ou vieux, subissent un recul de leur salaire. Selon l’organisme, le salaire horaire médian des employés embauchés depuis moins de deux ans a diminué de 13 % entre 1981 et 2004. Une recrue valait donc alors plus cher qu’aujourd’hui! «Alors que les employeurs ont restructuré le travail pour rendre les emplois plus précaires (...), ils l’ont souvent fait en apportant des changements qui touchent principalement les personnes nouvellement embauchées», déplore aussi Jackson, du CTC. Il avance qu’en 2005, une personne nouvellement embauchée sur cinq occupe un emploi temporaire et que le nombre de bénéficiaires d’assurances privées et de régimes de retraite est en baisse constante.
René Morissette et Garnet Picot, deux chercheurs de Statistique Canada, confirment dans un ouvrage paru au printemps dernier et intitulé Le travail peu rémunéré et les familles économiquement vulnérables3 : «Devant l’intensification de la concurrence, les entreprises ont de plus en plus recouru au travail précaire, particulièrement pour les nouveaux travailleurs qu’elles embauchent, d’où une multiplication des emplois temporaires.»
Leur crainte est que l’ensemble des données sur le sujet soit précurseur d’une grande correction des conditions de travail. «On peut penser que les salaires sont destinés à décroître (…) Cette contraction salariale serait d’abord observée chez les travailleurs nouvellement embauchés — si on entend maintenir le moral et la productivité, il est plus facile de rajuster les salaires à la baisse chez les gens que l’on vient d’embaucher — et le phénomène s’étendrait par la suite aux autres travailleurs. Il y aurait manifestement de grandes conséquences sur le niveau de vie des travailleurs.»
Une grande correction. C’est ce que craignaient comme la peste des organismes comme Force Jeunesse. Faute de preuves suffisantes, on n’avait pas encore pressé le bouton de panique.
Peut-être serait-il temps?
1. Plus scolarisés, mal payés et sous-employés : Portrait statistique des jeunes travailleuses et travailleurs du Canada, CTC, 2005.
http://congresdutravail.ca/updir/youngworkersRevFr.pdf
2. Les bons emplois disparaissent-ils au Canada? Statistique Canada, 2005.
www.statcan.ca/Daily/Francais/050126/q050126a.htm
3. Le travail peu rémunéré et les familles économiquement vulnérables, Statistique Canada, 2005.
www.statcan.ca/francais/research/11F0019MIF/11F0019MIF2005248.pdf