En 2003, les principaux partis politiques ont fait de la conciliation travail-famille le thème central de la campagne électorale. Et voilà qu’André Boisclair remet ça ces temps-ci. À l’indication de sondages et de focus groups, tous sont sûrement convaincus que vous voulez alléger votre fardeau professionnel au profit de votre vie familiale. Car lorsque les politiciens font une promesse électorale, c’est généralement pour vous flatter dans le sens du poil.
Mais oh! qu’ils semblent se tromper. Car quelques études laissent supposer que la majorité des travailleurs, c’est-à-dire vous, n’éprouve en fait aucune difficulté majeure à concilier boulot et vie personnelle. Des petites misères, oui, des contrariétés, certes, des contretemps, parfois, mais rien d’insurmontable. Mieux, selon une recherche de René Morissette et Marie Drolet de Statistique Canada, pour un travailleur qui aimerait voir ses heures de travail écourtées, quatre autres espèrent le contraire afin de rapporter plus de foin à la chaumière.
Selon l’étude Towards Squaring the Circle: Work Life Balance and the Implications for Individuals, Firms and Public Policy, publiée par l’Institut de recherche en politiques publiques en juin dernier, 70 % des travailleurs canadiens à plein temps et 80 % des travailleurs à temps partiel se disent satisfaits de la répartition de leur temps entre le travail et la vie personnelle. «Bon nombre d’entre nous estimons que nous disposons du temps voulu pour travailler, nous amuser avec nos enfants et faire du jardinage», écrit l’auteur, Richard Chaykowski, professeur à l’Université Queen’s à Toronto. «Bref, malgré la consternation qui s’exprime à l’heure actuelle au sujet du déséquilibre entre le travail et la vie personnelle, nous en savons encore assez peu sur l’importance et le coût de ces conflits.»
Paradoxalement, une autre étude nous annonce la «fin» de la fin de semaine. Des chercheurs de l’Université McMaster, en Ontario, ont révélé en juin dernier que le nombre de personnes au Canada travaillant régulièrement les week-ends est passé de 11 % en 1991 à 19 % en 1999. C’était il y a sept ans, alors si cette tendance s’est maintenue, cette proportion serait encore plus élevée en 2006.
«S’il est vrai qu’un pourcentage plus élevé de gens travaille les fins de semaine, il faut envisager les choses calmement, nuance Richard Chaykowski. Si les gouvernements décident de prendre des mesures pour combattre le déséquilibre entre travail et famille, ils devront cibler les groupes plus vulnérables plutôt que d’adopter des solutions visant l’ensemble.»
Mais qui sont donc ces groupes? Avec l’étonnement d’un fermier qui voit des poules pondre des œufs, l’étude nous apprend que les femmes sont davantage exposées aux conflits entre le travail et la vie privée. Parce que nous, les gars, continuons en partie à mimer les bonnes vieilles mœurs de nos pères. Ménage, lessive, vaisselle, couches…, même si l’écart dans le partage des tâches ménagères se rétrécit, les Canadiennes y consacrent toujours plus de temps que les hommes. Cela se traduit par exemple dans le groupe des 24-44 ans par un peu plus de deux heures et demie par semaine pour les hommes, contre un peu moins de cinq heures pour les femmes, selon Statistique Canada.
«Par ailleurs, écrit Richard Chaykowski, les femmes ont tendance à se classer parmi les travailleurs à temps partiel ou à leur propre compte. Par définition, les travailleurs atypiques ont généralement des heures de travail plus flexibles.» Mais en même temps, ceux qui occupent un emploi typique, majoritairement des hommes, sont confrontés à des horaires plus rigides. Les victimes du déséquilibre travail-famille sont donc difficilement identifiables pour le moment. «Ce que nous savons, c’est que la majorité des travailleurs ne sont pas touchés. Et parmi ceux qui le sont, la nature du problème varie grandement. Pour établir une solution réaliste, il importe de veiller à ce que ces mesures ciblent les groupes vulnérables», ajoute-t-il.
Mais déjà, si les gars en faisaient un peu plus à la maison, une partie du problème serait peut-être solutionné. Je sens que je vais me faire lancer des roches par mes congénères…