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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 1 Janvier 2007

All Dresde!

Le Québec n’est pas assez productif. Il n’y a pas que Lucien Bouchard ou un quelconque représentant du patronat qui le dit, mais aussi Henri Massé, président de la Fédération des travailleurs du Québec.

Quand l’ex-premier ministre a lâché sa semonce «les Québécois ne travaillent pas assez», les «décideurs» ont applaudi : Mario Dumont, des chefs d’entreprise, des éditorialistes, qui ont tous culpabilisé les Québécois en les accusant de vouloir le beurre, l’argent du beurre, le biscuit au beurre et, tant qu’à y être, la jolie fromagère.

Maintenant que la cause est entendue, deux verdicts sont possibles. Condamner les Québécois à travailler plus, et plus intensément. Ou condamner l’ensemble de la société à travailler mieux, et surtout, plus intelligemment.

L’autre possibilité, évoquée par Henri Massé, est de faire mieux : faire plus avec ce qu’on a, ou avec encore moins. Soyons plus innovateurs, vendons des produits à valeur ajoutée, trouvons de nouvelles façons de travailler. Or, après son appel, seul le grillon s’est manifesté et fait entendre.

L’autre possibilité, évoquée par Henri Massé, est de faire mieux : faire plus avec ce qu’on a, ou avec encore moins.

Alors, où croyez-vous que s’est logé le gouvernement de Jean Charest sur la question de la productivité du Québec? Eh oui, pardi, dans le camp des seconds! En guise de réponse gouvernementale est venue une politique sur l’innovation, la recherche et le développement, dévoilée sans trop de bruit en décembre dernier. Une politique libérale étonnante puisque hormis quelques voix chagrines, comme l’opposition officielle, elle a été accueillie avec enthousiasme tant dans le secteur public que dans le secteur privé.

Et cet enthousiasme se comprend. Car des pays où les lois du travail sont plus rigides que les nôtres et où les semaines de travail sont plus courtes et les congés abondants réussissent à être plus productifs que nous. C’est le cas de l’Allemagne. Certes, ce pays n’est pas un modèle à suivre en matière de chômage, qui était de plus de 10 % en novembre dernier. Mais cette mauvaise performance tient surtout à l’absorption de l’Allemagne de l’Est communiste en 1990.

Au pays de la choucroute, des cas parlent d’eux-mêmes. Celui du fabricant de puces informatiques AMD, par exemple, est frappant. Comme plusieurs, cette entreprise américaine a délocalisé sa production dès 1996. En Inde? En Chine? Non, plutôt au royaume des lois du travail rigides comme l’acier, des puissants syndicats et de la main-d’œuvre gâtée et grassement rémunérée, selon une description du magazine BusinessWeek : l’Allemagne.

AMD a investi plus de 8 milliards de dollars dans la région de Dresde. Elle y a créé 7 000 emplois. Depuis que la quasi-totalité de sa production est allemande, sa part de marché des microprocesseurs est passée de 18 % à 27 %. Cette entreprise fait mordre la poussière à ses concurrents. En guise de réponse, sa rivale Intel, bien installée dans les pays émergents comme la Chine, supprime des emplois et réduit ses dépenses. C’est le monde à l’envers!

Comment cela est-ce possible? «On nous avait dit que les Allemands étaient réputés pour leur ingéniosité, et on les a vus à l’œuvre. Si doubler le salaire de mes employés permet de couper de moitié le temps de fabrication de nos microprocesseurs, je suis gagnant!» a répondu Hans Deppe, directeur des installations d’AMD à Dresde, dans une entrevue du BusinessWeek, l’automne dernier.

Ainsi, les employés allemands d’AMD ont su éliminer de coûteuses étapes entre la conception d’un microprocesseur et sa mise en marché massive. Pour AMD, entre le Far West américain où les lois du travail sont presque inexistantes et la servitude du marché du travail chinois, le choix est clair : l’ingéniosité allemande!

Voilà qui pose une véritable question : vaut-il mieux prendre 10 heures pour fabriquer 1 kilo de clous, ou en prendre 8 pour en couler 2? Poser la question, c’est y répondre.


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Si vous gaffiez devant vos collègues et patrons, comment réagiriez-vous?








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