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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007

Viser bas

Les riches sont de plus en plus riches. Ils ont un truc, c'est certain. Lequel? Celui de ne pas travailler au salaire minimum. C'est pas plus compliqué. Devant pareil constat, il faut donc abolir le salaire minimum.

L’explication de cette logique est aussi simple que la préparation d’un Dîner Kraft. Elle va comme suit : puisqu’ils doivent verser à leurs employés 7,75 $ l’heure plutôt que 5 $, ou 3 $, ou rien pantoute – les employeurs limitent leurs embauches, ce qui, au bout du compte, crée du chômage; plus de chômeurs mène à plus de main-d’œuvre disponible; les employeurs ont alors le choix entre les travailleurs les moins gourmands en salaire.

Si, par contre, il n’y avait plus de salaire minimum, les employeurs embaucheraient à la pelle des salariés payés en «pinottes». La pénurie de cheap labor les forcerait à hausser les salaires pour attirer la main-d’œuvre, alors raréfiée. C’est là l’œuvre de la loi de l’offre et de la demande dans toute sa splendeur.

L’exemple suprême à passer dans le déchiqueteur : le dernier grand bidonville de l’Amérique qu’est San Francisco.

Ce n’est pas le Magazine Jobboom qui affirme ceci et qui prône l’abolition du salaire minimum, mais le pas toujours sérieux Institut économique de Montréal (IEDM), entre autres. Ce groupe de réflexion de droite en veut pour preuve les États-Unis : cette nation, la plus riche de l’Univers, affiche un quasi plein emploi avec un taux de chômage de moins de 5 %. Le salaire minimum imposé par le gouvernement fédéral y est gelé à 5,25 $ l’heure depuis 1997.

Le Québec, qui selon l’IEDM offre le salaire minimum le plus élevé du continent, enregistre quant à lui un taux de chômage deux fois plus élevé que celui des States. Pire encore, le gouvernement libéral de Jean Charest, dans un malheureux élan électoraliste, haussera le salaire minimum de 7,75 $ à 8 $ l’heure le 1er mai prochain. La catastrophe! Ne manquerait plus que les sauterelles…

Alors, le salaire minimum serait donc un frein à l’emploi, selon l’IEDM. Donc, si on suit cette logique, pourquoi ne pas imiter certains États américains où il n’y a aucun salaire minimum officiel, sauf celui imposé par le gouvernement fédéral (d’autres États bonifient le salaire minimum fédéral)? Nous pourrions ainsi sortir de notre indigence et rejoindre le peloton de ces États d’avant-garde. Par exemple, l’an dernier, le taux de pauvreté était de 17,7 % au Mississippi (avec un taux de chômage de 7,8 %, cela dit!), de 17 % en Louisiane et de 15,5 % en Alabama, selon le Census Bureau, l’agence statistique fédérale américaine. Revenu médian des familles : autour de 46 000 $ CAN, contre 60 000 $ au Québec.

Le seuil de pauvreté aux États-Unis se situe autour de 9 000 $ par an pour un ménage d'une personne. Bref, là-bas, quand on est qualifié de pauvre, on est pauvre. Ici, le seuil de faible revenu établi par Statistique Canada est un montant mirobolant de 16 000 $ pour une personne seule. Douze pour cent des Québécois vivent sous ce seuil.

Le Québec devrait éviter de suivre l’exemple d’États plutôt mal nantis, comme le Massachusetts (chômage, 5 %), la Californie (chômage, 4,5 %), New York (chômage, 4 %) et la Floride (chômage, 3 %), où, une fois le taux de change calculé, les travailleurs bénéficient de salaires minimums égaux ou supérieurs au nôtre : autour de 8,25 $ CAN l’heure. L’exemple suprême à passer dans le déchiqueteur : le dernier grand bidonville de l’Amérique qu’est San Francisco, cité de démunis s’il en est une. La ville impose un salaire minimum de 8,25 $ l’heure qui, au 15 janvier dernier, équivalait à 9,50 $ CAN.

Le nouveau Congrès américain, tout démocrate qu’il est, haussera le salaire minimum à 7,25 $ l’heure (8,50 $ CAN) d’ici aux deux prochaines années. Le taux de chômage national a déjà réagi à cette annonce par une hausse de 4,4 à 4,5 % en décembre dernier. L’Ontario a annoncé à son tour la hausse du salaire minimum à 8 $, en vigueur ce mois-ci. Surveillez maintenant la hausse du chômage ontarien!

«Et la Colombie-Britannique?» je vous entends dire. Le salaire minimum y est à 8 $ l’heure depuis 2000, mais le taux de chômage a diminué du tiers depuis. Ça doit seulement être un des effets secondaires de la fumée du BC Gold…


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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