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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007

Le charlatan

La campagne électorale n’était pas plus vieille qu’un ti-papoute haut comme trois pommes que, déjà, le Parti libéral avait déjà respecté un de ses principaux engagements électoraux : embaucher 1 500 toubibs. Si, si!

Les libéraux sont d’autant plus magnanimes que, même s’ils sont défaits le 26 mars prochain, ils respecteront cet engagement malgré tout. Que le nouveau gouvernement soit péquiste, adéquiste, solidaire, vert… ou minoritaire.

Échaudé par les accusations de tromperie à l’égard de ses promesses antérieures, le parti de Jean Charest se fait cette fois moins ronflant : pas de promesses d’objectifs (comme faire disparaître les listes d’attente dans les hôpitaux), mais des engagements d’embauche! Des médecins par centaines et des tonnes de professionnels pour les élèves en difficulté.

Théoriquement, cela est tout à fait louable. Mais dans les faits, le procédé est trompeur : le Parti libéral fait passer pour promesses électorales la gestion courante des ressources humaines de l’État.

Dans le cas des 1 000 professionnels pour les élèves en difficulté, la mesure est déjà en route. Pire, elle est une obligation contractuelle pour le gouvernement, puisqu’elle fait partie de l’entente intervenue entre les 175 000 employés du réseau scolaire et le gouvernement en décembre 2005!

Un gouvernement qui s’engage à embaucher 1 500 médecins d’ici à 2012 mènera le réseau vers la catastrophe!

Pour ce qui est des 1 500 nouveaux médecins que le gouvernement libéral promet de mettre en service en 2012, c’est exactement ce qui est prévu depuis longtemps. L’observation vient de bonne source : du combatif président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette. Élections ou pas, il va y avoir 1 500 embauches de médecins, disait-il, le jour même de l’annonce, le 23 février. «Ce qu'on dit, essentiellement, c'est que les actuels étudiants en médecine vont réussir leurs examens. On est très contents. C'est comme si je vous annonçais que dans les cinq prochaines années, le soleil va se lever à l'est tous les matins!» ironisait-il.

En fait, le Dr Barrette somme les partis politiques, mais surtout le ministre Philippe Couillard, d’être honnêtes avec le peuple de soignés que nous sommes. «Il est grand temps que le ministre de la Santé et des Services sociaux informe clairement la population que la question de la pénurie de médecins ne pourra être réglée avant 2015.» Qu’il y ait 1 500 médecins en plus ou pas. Un avis partagé par le Dr Renald Dutil, président de la Fédération des médecins omnipraticiens.

Le Collège des médecins constate, pour sa part, que le phénomène de pénurie n’est pas prêt de se résorber.

En effet, il y a pire dans cette promesse; il y a une menace. Un gouvernement qui s’engage à embaucher 1 500 médecins d’ici à 2012 mènera le réseau vers la catastrophe!

Pourquoi? Parce qu’il y aura alors 1 400 médecins de moins qu’aujourd’hui!

Il faut savoir qu’un mois avant cette promesse libérale, le Collège des médecins déposait dans un certain anonymat son rapport annuel sur les effectifs médicaux. Chez les médecins spécialistes, 20 % qui ont des activités cliniques ont déjà plus de 65 ans. C’est aussi le cas chez 10 % des omnipraticiens. Si la plupart prennent leur retraite d’ici à 5 ans, ce qui est probable, c’est 2 900 médecins supplémentaires dont on aura besoin!

Sans compter, fait remarquer le Collège, que les nouveaux médecins, en majorité des femmes, travaillent en moyenne moins d’heures, pour des raisons familiales. Et que les docteurs plus âgés réduisent aussi leur tâche.

Et c’est bien beau, des toubibs, mais pour qu’ils puissent soigner, encore faut-il qu’ils aient du soutien. Et de ce côté, ce n’est pas un cri d’alarme qu’a lancé l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux, mais une alerte nucléaire.

D’ici à 2015, c’est 110 000 employés du secteur de la santé qu’il faudra remplacer. Des infirmières, des préposés aux bénéficiaires, des professionnels en réadaptation physique, des techniciens de la médecine et de laboratoire, des pharmaciens… Ah! Et il y a aussi la moitié des 10 000 cadres actuels du réseau qui obtiendront le droit à la pleine retraite d’ici à 2012.

Ainsi, promesse libérale ou pas, orientation vers le privé des adéquistes ou pas, garantie d’accès des péquistes ou pas, système entièrement public des solidaires ou pas, on attendra toujours pour voir le docteur, en 2012. Sur ce, bonne patience.


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