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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 7 Août 2007

Les entreprenants

Un vent de panique souffle sur les États-Unis ces temps-ci. Non pas qu’on ait aperçu Ben Laden dans un Taco Bell en banlieue de Houston. En fait, si nos voisins amerloques shakent du genou, c’est qu’ils craignent que leur économie devienne balourde, incapable de rivaliser avec la concurrence. Pas seulement avec celle des fourmis chinoises ou indiennes, mais aussi avec celle des Russes, des Japonais, des Allemands, des Scandinaves et des Canadiens.

Si la classe affaires américaine craint ainsi un déclassement de l’économie, c’est qu’elle consulte les bulletins scolaires des jeunes du pays : là, c’est la désolation, comme l’indique le magazine Fortune Small Business dans sa dernière livraison.

Le système scolaire américain est un échec lamentable, une machine à produire des cancres dans les matières clés. C’est en tout cas ce que révèlent les résultats du plus récent examen du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) tenu en 2004 et mis sur pied par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Sur 32 pays participants, les États-Unis se classent au 28e rang en mathématiques, 22e en sciences et 29e en résolution de problèmes. (En passant, les Québécois figurent parmi les «bolles» du PISA : ils occupent le 5e rang en mathématiques, le 11e rang en sciences et le 7e rang pour la résolution de problèmes.)

On peut craindre la vente de nos entreprises à des intérêts étrangers. Mais il y aurait pire menace pour notre économie : l’incapacité d’attirer des talents exotiques sur nos bancs d’école.

Alors, la débandade américaine ne doit pas être bien loin. «L’avenir d’une économie dépend du haut niveau d’entrepreneuriat et de capacité d’innovation de ses citoyens, affirme Vivek Wadhwa, auteure d’une étude pour la Ewing Marion Kauffman Foundation, une organisation du Kansas vouée à la promotion de l’entrepreneuriat. Une bonne éducation en sciences, en mathématiques et en génie est essentielle pour atteindre ces hauts niveaux.»

Minute! Wadhwa constate malgré tout un bon niveau d’entrepreneuriat et d’innovation dans son pays. Pourquoi? Parce que les étrangers qui étudient dans les facultés universitaires des États-Unis prennent la relève. Et de manière spectaculaire.

Le quart des entreprises de haute technologie fondées entre 1995 et 2005 aux États-Unis l’ont été par des étudiants étrangers. Ils employaient l’an dernier 450 000 personnes et produisaient des chiffres d’affaires annuels de 52 milliards de dollars!

Ce que cette donnée indique, c’est qu’on peut craindre la fermeture de certaines de nos shops au profit des Chinois et le déménagement de certains emplois en Inde. On peut craindre la vente de nos entreprises à des intérêts étrangers. Mais il y aurait pire menace pour notre économie : l’incapacité d’attirer des talents exotiques sur nos bancs d’école. Et de les garder parmi nous après les études, il va sans dire.

Parce que les immigrants se révèlent souvent plus entreprenants que la population de souche d’un pays. Selon Nathaly Riverin, directrice du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) pour le Canada et le Québec, les immigrants sont 33 % plus susceptibles de fonder une entreprise que les autres Québécois (Les spécificités de l’entrepreneuriat québécois, 2004).

Déjà, le Québec sait attirer des étudiants étrangers. Ils sont près de 20 000 chaque année dans nos collèges et universités, soit le tiers du total canadien.

En 2002, Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études en relations internationales de l’Université de Montréal, avait présenté un avis au Conseil supérieur de l’éducation dans lequel il soutenait que le Québec peut, et doit, augmenter à au moins 25 000 le nombre d’étudiants étrangers dans ses établissements d’enseignement postsecondaires.

«La mise sur pied d’une vaste opération de recrutement, de sélection, d’intégration et de rétention d’étudiants étrangers en vue d’en faire des citoyens québécois est le meilleur investissement que l’on puisse faire pour maintenir le dynamisme québécois actuel», écrivait-il.

Ce à quoi le Conseil avait agréé. Mais pas le gouvernement. Du moins, pas encore… Ce serait pourtant judicieux.


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