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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 8 sept 2007

Deux tabous

Sortez tambours et trompettes! Les confettis et les cheerleaders des Alouettes!

Et tant qu’à faire, réveillez Youpi et décongelez Badaboum! Car jamais, de mémoire d’éléphant, le marché de l’emploi au Québec ne s’est aussi bien comparé à celui de l’Ontario.

L’écart entre le taux de chômage de la province réputée peu vaillante et le taux de celle qui fait l’envie des chroniqueurs financiers est maintenant de l’ordre des fractions. Seuls quelques dixièmes de point de pourcentage les séparent.

Encore mieux – et là, faut sortir le champagne –, le taux de chômage est maintenant plus bas à Montréal qu’à Toronto. Un historique 6,7 % à Montréal contre 7 % à Toronto.

Sauf que ces données conjoncturelles sur l’emploi au Québec et en Ontario n’effacent toujours pas l’écart de richesse entre les Québécois francophones, les Canadiens, particulièrement les Ontariens, et le reste de l’Amérique.

Le français demeure un facteur discriminatoire. Et c’est normal. Canadians et Americans ne forment au fond qu’une seule et même gang.

Or, comme le disait justement l’éditorialiste du Devoir Bernard Descôteaux, «si nous ne sommes pas parvenus à rejoindre cette moyenne [canadienne du taux de chômage à 6,1 %] après 14 années de croissance économique ininterrompue, il y a certainement quelque chose qui cloche».

Il soulevait alors deux hypothèses pour justifier cet état des choses : la langue et la géographie. Deux tabous.

Pourtant, des aînés se souviendront d’une époque où les Canadiens français étaient plus pauvres que les Noirs du Canada. C’est dire!

Voilà que l’Institut C.D. Howe clamait, dans un communiqué émis cet été, que la langue n’est plus un obstacle à la richesse, au Québec. En effet, sur ce plan, l’écart entre francophones et anglophones s’est rétréci. Alors qu’en 1970 un anglo affichait en moyenne des revenus 60 % plus élevés qu’un francophone, aujourd’hui l’écart n’est plus que de 15 %.

Quand même! On est encore loin de l’égalité. Et l’une des principales raisons de ce rétrécissement évoquées par cet institut de recherche canadien : le départ des anglos les plus fortunés et les plus instruits du Québec durant les années 1970 à 2000! Autrement dit, ça monte parce que la moyenne baisse…

Le français demeure donc un facteur discriminatoire. Et c’est normal. Canadians et Americans ne forment au fond qu’une seule et même gang. Les échanges, les communications, les rapprochements sont plus faciles et naturels entre ces deux groupes qu’avec les Québécois, du reste beaucoup moins nombreux, laissés un peu en marge du party. Ce n’est pas pour rien qu’il y a 100 fois plus d’acteurs canadiens anglais vedettes à Hollywood que de Québécois…

La géographie maintenant : aux confluents de l’Amérique et de l’Europe, porte d’entrée du continent, à quelques heures de New York, blablabla… À entendre ces discours, on croirait que le Québec est le centre de la Terre. Or, il n’en est rien. Il a une situation géographique excentrique sur le continent. Dans le coin droit, en haut de votre écran…

Dans une lettre publiée dans les quotidiens il y a quelques années, l’historien Jacques Rouillard, de l’Université de Montréal, rappelait ces faits : on n’a pas assez tenu compte, dans les analyses sur l’évolution économique du Québec, de sa position géographique. «Les relations entre le Canada et les États-Unis favorisent bien davantage l’Ontario. La province voisine plonge dans le massif industriel du Midwest, alors que le Québec se trouve en périphérie du continent.»

De plus, comme le soulignait l’an dernier l’économiste en chef adjoint de RBC Groupe financier, John Anania, un net transfert des richesses entre les régions, de l’est vers l’ouest, est en cours. Le même phénomène s’observe au sud de chez nous, avec le poids économique grandissant de la Californie, du Texas et de l’Arizona par rapport aux États de l’est. Une migration incontrôlable, ou presque.

Aussi faut-il se demander pourquoi des pays éloignés et au climat froid, comme la Suède, ne sont pas des puissances économiques comme la France. Pourtant, la Suède est plus prospère que la France. Et c’est pour cela qu’il ne faut pas se montrer fatalistes. Le Québec pourrait bien attendre que les plaques tectoniques l’amènent à l’ouest, mais la Terre est désespérément lente. Cela a quand même pris trois milliards d’années pour séparer l’Afrique de l’Amérique du Sud.

Géographie et français constituent deux obstacles, oui, mais le Québec n’a qu’à faire mieux, être plus innovateur, créatif, entreprenant et déterminé que ses voisins. Il pourrait fort bien devenir un égal économique. Comme l’a fait la Suède, excentrique et seule avec sa langue. Toutefois, il ne doit pas ignorer ces deux tabous…


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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