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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 9 oct 2007

Fini, les folies

Le temps s’obscurcit au-dessus de la tête des bleus de la métropole. Leur représentant, le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, va devoir passer au travers des fonds de tiroir pour régler la formidable ardoise que lui a laissée la Cour du Québec.

Le 18 septembre dernier, la juge Pierrette Sévigny a en effet condamné ce syndicat à verser 1,2 million de dollars à des organismes de charité dans le cadre d’un recours collectif intenté par un Montréalais fatigué de son militantisme des cavernes.

C’est qu’en septembre 2003, ledit monsieur, Boris Coll, s'était retrouvé coincé dans un bouchon monstre en compagnie de milliers d’autres citoyens. La cause : environ 400 cols bleus «manifestaient» au volant des camions de la Ville, paralysant pendant des heures le Vieux-Montréal, le quartier des affaires et l’autoroute Ville-Marie.

Exaspéré, ce citoyen n’a pas attendu que la Ville mette ses culottes : il a enfilé les siennes et a déposé un recours collectif contre le syndicat. Celui-ci a affirmé qu’il n’était pas au courant de l’opération, que c’était une manifestation spontanée des valeureux prolétaires du balai mécanique et du râteau, en réaction intuitive contre les attaques du Grand Kapital à leur endroit. Bref, que ce n’était en rien une action syndicale concertée. La juge Sévigny n’a toutefois pas fait la même lecture des événements et a donné raison à Boris Coll sur toute la ligne : ces cols bleus ont mené une grève illégale.

Quand il est question de négocier avec le gouvernement, jouer les gros bras donne des résultats : l’État cède dès que le climat social s’échauffe un peu.

Parallèlement, un autre recours collectif initié par des citoyens et visant une autre «colère» spontanée des bleus fait son chemin devant les tribunaux. Lors de cette grève subite, en 1999, il y avait tempête de verglas; les rues et les trottoirs étaient des patinoires. L’arrêt des cols bleus a résulté en autos tamponnées, bras, jambes et hanches fracturés…

Comme un glouton bourré jusqu’aux lèvres, le président des bleus d’alors, le monumental Jean Lapierre, avait scandé durant cette journée désagréable au possible : «On a la nature de notre bord.» Tu parles, chose!

Les coûteuses facéties du syndicat des cols bleus de Montréal sont comme la pluie verglaçante : elles doivent bloquer des routes pour que l'État s’en préoccupe. Et encore. Il faut en plus de simples citoyens pour dire «ça va faire les folies!». Et pour ne plus tolérer les limites de l’activisme de confrontation adopté par ce syndicat depuis les années 1980.

Cette stratégie les a cependant bien servis : les bleus montréalais sont les mieux traités et les mieux rémunérés de leurs professions, devant leurs confrères des gouvernements provincial et fédéral et du secteur privé, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Quand il est question de négocier avec le gouvernement, jouer les gros bras donne des résultats : l’État cède dès que le climat social s’échauffe un peu. Que ce soit avec les producteurs de porcs à une époque, qui ont bloqué l’autoroute 20 avec leurs troupeaux de cochons. Ou les policiers de la SQ. L’an dernier, leur grève des tickets leur a permis de s’en tirer joyeusement comparé à l’ensemble des fonctionnaires. Alors que des hausses salariales de 8 % sur 4 ans étaient accordées à l’ensemble des salariés, les policiers ont obtenu 4 % de plus… après avoir privé l’État de 40 millions de dollars grâce à leurs moyens de pression!

Et qui vient encore de gagner la tombola? Les médecins spécialistes! Ceux-là même qui ont failli détraquer le système médical universitaire l’an dernier en raison de leurs absences dans les salles de cours et de l’arrêt de la supervision des médecins résidents. Sans oublier les gynécologues obstétriciens qui menaçaient de ne plus pratiquer d’accouchements!

Voilà, le gouvernement Charest a accordé aux 8 000 médecins spécialistes une augmentation salariale totalisant 35 % d’ici à 2016, pour une facture de près d’un milliard de dollars de plus par an.

Le message de l’État ne peut être plus clair. À vous, citoyens, si le cœur vous en dit, de mettre fin à l’extorsion légalisée. Comme vient de le faire ce Montréalais.


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Si vous gaffiez devant vos collègues et patrons, comment réagiriez-vous?








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