À la Commission Bouchard-Taylor, des mamans ont évoqué un bain de sang s’il fallait qu’un kirpan de plus entre dans nos écoles… pour un grand total de deux dans tout le Québec.
Vrai, un kirpan, c’est un couteau et ça peut faire mal. Une cicatrice de jeunesse sur mon index gauche en témoigne. Attaque vicieuse d’un banal couteau de poche, et non d’un kirpan intégriste, lors d’un écorçage de bouleau.
De toute façon, une autre menace plane au-dessus de nos tout-petits : le livre The Dangerous Book for Boys. Un de ses chapitres, intitulé Essential Gear (l’équipement essentiel), présente une liste des objets essentiels à tout petit gars qui se respecte : une loupe, des allumettes et… un couteau de poche!
Conn et Hal Iggulden, les deux frérots d’auteurs, enseignent aussi aux boys comment construire une catapulte, chasser et cuisiner un lièvre, jouer au poker, faire une bombe puante… Et ce, imaginez, à une époque où la tag est interdite dans certaines cours d’école parce qu’un enfant s’est un jour éraflé un genou.
Et ce n’est pas tout : l’œuvre en question contient aussi un chapitre sur l’histoire de l’artillerie! Des canons, des obus et des explosions. Aye Caramba!
Dans un monde parallèle, des parlementaires recevaient le gratin à l’Assemblée nationale en septembre dernier pour bavarder immigration.
Mais là, pas de tragédie grecque à propos du défunt Québec de Ti-Coune et de Mémère Bouchard. Il s’est plutôt joué un thriller sur le Québec qui ne suffira pas à la tâche s’il n’accueille pas plus d’immigrants. À 45 000 immigrants annuellement, il faudra passer à la vitesse supérieure et espérer en attirer 55 000. C’est une condition sine qua non pour que nous puissions prospérer. C’est ce que l’ancien premier ministre Bernard Landry veut dire (entre autres) lorsqu’il répète que le Québec ne peut se passer d’une once d’intelligence.
Accueillir autant d’immigrants exigera un effort considérable d’adaptation de la société. La frilosité de certains Québécois dévoilée à la Commission Bouchard-Taylor le confirme. Mais cet effort ne vaudra rien si on ne s’intéresse pas d’abord aux tonnes d’intelligence qui s’échappent de nos écoles comme d’une mauvaise passoire : les 60 000 jeunes, dont les deux tiers sont des garçons, qui décrochent chaque année avant la fin du secondaire.
La «mésadaptation» scolaire des garçons revient épisodiquement dans l’actualité, sans pourtant générer beaucoup de solutions. Car lorsque les médias parlent de l’échec des petits, c’est en général pour répéter des niaiseries : la féminisation du corps enseignant, les valeurs féminines, le danger des classes mixtes…
Et si ce n’était que parce que l’école récompense seulement le conformisme, le respect des règles, et qu’elle tue carrément le goût du risque?
Roger Kimball, rédacteur en chef du magazine américain The New Criterion, l’une des revues culturelles les plus respectées dans le monde anglo-saxon, signalait dans sa critique du livre The Dangerous Book for Boys qu’une école près de chez lui laisse aux enfants seulement 15 minutes par jour pour jouer dehors.
Au Québec, il est fréquent que des écoles abolissent la récré de l’après-midi sous prétexte que c’est trop de troubles à gérer. Résultat, comme l’écrit Kimball : à 14 h, les garçons sont au bord de l’explosion.
L’école est devenue castratrice pour les garçons. Lors de la parution de Dangerous Book, un des auteurs a dit : «Si on fait de nos terrains de jeux des maisons de poupées et qu'on annule les sorties pédagogiques par crainte de poursuites judiciaires, on va retrouver nos garçons en train de jouer sur les rails de chemins de fer plutôt qu’à l’école.» Ce qui est loin d’être plus sécuritaire et constructif.
J’ajouterais : on lobotomise les petits garçons avec cette culture de tolérance zéro à l’égard du risque, de la compétition, puis de la douleur et de la tristesse qui peuvent en découler.
Mieux vaut un bras cassé qu’un esprit brisé, juge Kimball. Et il sait de quoi il parle : son fils s’est cassé un bras l’hiver dernier en jouant à la tag!