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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 2 Février 2008

Les zoufs

Des zoufs, prétendument économistes, ont un jour cru bon de prêter des sommes considérables à n’importe qui, n’importe comment, les yeux fermés dur et avec une foi à déplacer l’Everest, pour que n’importe qui puisse s’acheter une maison. Puis des meubles pour la meubler, des décos pour la décorer, des fleurs pour la fleurir…

Pourtant, l’ours moyen sait bien qu’on ne prête pas son cash à n’importe qui, n’importe comment, les yeux fermés dur, et avec une foi à déplacer l’Everest. Selon la science exacte du GBS (Gros Bon Sens), une telle expérience a démontré un million de fois sur un million que c’est une excellente recette pour se mettre dans le trouble.

Mais la science du GBS n’est plus qu’une vieillerie bonne à amasser la poussière, comme le sont la philo, la politesse et les lecteurs huit pistes (et les cassettes de Patrick Zabé qui viennent avec). Depuis, elle a été remplacée par l’économie, une science nettement plus sophistiquée – donc forcément plus savante.

Ainsi, selon les modèles mathématiques élaborés par les spécialistes de l’économie – les économistes –, il fallait prêter des sommes considérables à n’importe qui afin qu’il s’achète une maison. Avec des taux d’intérêt bas comme on en connaît depuis longtemps, ce n’est pas le temps de se comporter en écureuil joufflu, mais plutôt en fourmi frénétique. Cela fait croître la consommation, qui fait croître l’économie, qui fait croître le niveau de vie de tout un chacun. Plus riche, tout un chacun consomme encore plus, propulsant le même cycle à une vitesse supérieure. La croissance éternelle!

Évidemment, comme avec les sweepstakes, c’était trop beau pour être vrai. Et ça a planté joyeusement, en août dernier. Les Bourses se sont mises à plonger, pendant que les banques comptaient leurs pertes. «Pas de panique! Aucune récession n’est possible!» caquetaient deux économistes à la radio au début de la crise. «D’abord parce que la Bourse, ce n’est pas l’économie réelle», disaient-ils.

Alors, où en sommes-nous aujourd’hui, 7 mois et 25 révisions plus tard? Les États-Unis ont les deux pieds dedans. Au Québec et au Canada, on en sent les relents.

Pardon? C’est quoi, d’abord? Le nouveau jeu en vogue sur la Wii? «Les fondamentaux de l’économie (sic) sont solides», poursuivaient-ils. À preuve, leurs confrères du Fonds monétaire international (FMI), les plus brillants de la tribu, révisaient à la hausse leurs prévisions économiques pour 2007 et 2008 (pourtant déjà révisées pas plus tard que trois mois plus tôt, à partir de prévisions émises deux mois auparavant). Le bonheur était à nos portes. Au moins jusqu’en 2009…

Une fois l’automne installé, oups! «Pardon», nous ont dit les économistes du FMI et de la plupart des grandes organisations financières du pays. Finalement, la Bourse n’est peut-être pas juste un jeu pour la Wii. On va revoir nos prévisions de juillet à la baisse. Mais une récession? Quand même pas! Alors, où en sommes-nous aujourd’hui, 7 mois et 25 révisions plus tard? Les États-Unis ont les deux pieds dedans. Au Québec et au Canada, on en sent les relents.

C’est à se demander, dans ce contexte, à quoi servent les économistes. D’abord, ils n’ont pas su nous protéger de la récession, même si dans leurs savants écrits ils prétendent détenir la recette de la prospérité éternelle. Pire, ils ont eux-mêmes provoqué la récession avec la fameuse recette. Et ils n’ont même pas été foutus de la prévoir! Comme toutes les précédentes, du reste. Ni en 1990, ni en 1982, ni en 1969, pas plus que la crise du pétrole ni l’éclatement de la bulle technologique en 2001, elle-même gonflée en bonne partie par leurs théories économiques plus proches de la littérature du sweepstake que de la science.

Murray Rothbard, lui-même économiste, disait qu’il «est vrai que les économistes sont surtout payés pour prévoir, et que cet exercice repose sur ce que l’homme a de plus constant. Mais une souris mécanique ne peut même pas faire illusion à un chat. Tout le monde voit que l’économie mathématique est incapable de rendre compte d’un seul acte productif.» Bref, selon lui, l’économiste moderne est un charlatan.

«Un économiste est un expert qui saura parfaitement vous expliquer demain pourquoi ce qu’il a prévu hier ne s’est pas passé aujourd’hui», a déjà dit un autre économiste célèbre, quoiqu’un peu mystique sur les bords, Kenneth Boulding. Autrement dit, ils feraient mieux de nous expliquer ce qui s’est produit, plutôt que de prédire ce qui se produira. Pour ça, les feuilles de thé font bien l’affaire.

Malgré cela, leurs prédictions sont au cœur des décisions politiques depuis un siècle. Avec les désastres que l’on connaît. Un autre exemple de leur clairvoyance? En 1914, les gouvernements européens se sont pressés de partir en guerre sous les bons auspices des économistes. Elle sera trop coûteuse pour tous les belligérants déjà cassés comme des clous, affirmaient-ils, elle ne durera que quelques mois.

On connaît la suite.

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