Les résultats des études scientifiques sur ce phénomène ne sont pas encore connus, mais la performance remarquable du Canadien en cette fin de saison semble avoir un effet jovialiste sur l’humeur des Québécois. À preuve, au moment même où la Flanelle sanctifiée s’assurait du travail pour la vraie saison, l’allégresse se reniflait comme jamais lors du dévoilement d’une politique libérale, le mois dernier.
En effet, Jean Charest, LE Jean Charest, celui-là même que le Québec n’était plus capable d’endurer en peinture il n’y a pas si longtemps, faisait l’unanimité derrière sa plus récente politique sociale.
Étaient présents pour l’applaudir, lors de l’annonce du Pacte pour l’emploi, des «p’tites madames» de centrales syndicales, des monsieurs patronaux, des socialistes, des capitalistes, des «communautaires», des verts, des bruns, des rouges, des bleus et des mauves. Bref, ne manquait plus qu’une chamaille de ligue junior et tout le Québec aurait été là pour l’acclamer.
Admettons qu’un Pacte pour l’emploi semble moins propice aux ovations qu’un filet en fusillade. Alors, qu’une politique sociale du gouvernement Charest rallie aussi largement, l’exploit est d’autant plus remarquable. Et avec raison, puisque le Pacte pour l’emploi – une fois n’est pas coutume –, est une politique érigée sur du solide, du concret et du précis.
Le Pacte n’a pas pour but le retour au travail des assistés sociaux, comme l’ont laissé entendre les médias de l’instantané. Le but, c’est de créer des emplois parmis les emplois déjà existants mais non pourvus. Pour trouver preneurs, le gouvernement veut gratter partout où il y a des mains et des têtes trop longtemps boudées par les employeurs ignorants de leur potentiel pour cause de non-conformité avec le modèle de l’employé… modèle. Parce que trop vieux, trop «BS», trop étrangers, trop spécialisés, trop handicapés…
Au-delà de 350 000 personnes d’ici trois ans pourraient être touchées. En plus des 50 000 assistés sociaux qui verraient leurs revenus plus que doubler par leur participation à des programmes d’employabilité, 52 000 autres personnes seront assistées dans leur démarche d'insertion au marché du travail ou de formation et 250 000 travailleurs auront accès à de la formation, comme les presque retraités qui ne veulent pas lâcher, les immigrants, les handicapés…
Le Pacte pour l’emploi concerne aussi des gars et des filles qui viennent de perdre leur emploi et qui souhaitent amorcer une nouvelle vie professionnelle. C’est le cas des licenciés de la scierie Domtar, à Lebel-sur-Quévillon, qui, en ce moment, poursuivent leur apprentissage du métier de mineur afin de remplacer les mineurs tunisiens qui besognent sous leur village.
Enfin, à la clé, des dizaines de milliers de nouveaux travailleurs, là où ça compte vraiment : dans des secteurs en pleine croissance appelés à remplacer ceux qui jadis ont fait la bonne fortune du Québec.
L’objectif est ambitieux et, pour une fois, les moyens pour l’atteindre viennent avec : un milliard de dollars, dont près de la moitié en provenance du privé. Ça aussi, c’est nouveau et souhaitable, une manière de responsabiliser les entreprises dans la formation de la main-d’œuvre. Après tout, elles en sont, avec les travailleurs, les principales bénéficiaires.
Pied de nez aux appels du pied de l’ADQ et des amuseurs publics des ondes radio, le gouvernement Charest n’enverra aucun sans-emploi dans un camp de travail, ni ne coupera les maigres prestations. Cette politique en est une de la carotte.
C’est le bon choix. Car contrairement à la rumeur publique, on ne sort personne de la pauvreté en lui coupant les vivres, comme cela se fait aux États-Unis. Une des rares études sur la mobilité économique, effectuée ces dernières années par l'Economic Mobility Project du Pew Charitable Trusts et publiée l’automne dernier, démontre que les États-Unis, royaume du self-made man, sont en fait un empire de l’immobilisme social : un pauvre canadien, qui a accès à des politiques de la carotte plutôt que du bâton en matière d’aide sociale, a deux fois et demie plus de chances de se sortir de la pauvreté qu’un pauvre américain.
Mais ça ne sera pas de la tarte. Dans notre édition d’août dernier (La trappe du BS, vol. 8, n°7 ), nous avons montré que 80 % des assistés sociaux dits aptes à l’emploi ont en fait de sévères contraintes. Et les tracasseries administratives gouvernementales ont le don de bousiller les meilleures intentions. Un lecteur d’un quotidien de Québec rappelait que déclarer des revenus à Emploi et Solidarité sociale, comme le prévoit le Pacte, déclenche inévitablement une avalanche de formulaires et d’exigences. De ce côté, faudrait se montrer plus magnanime, au gouvernement…