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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 8
septembre 2008

Du calme, docteur!

Pour un show de boucane, c’en était tout un. Manquait plus que des lasers et quelques pitounes pour faire de la sortie contre le CHUM du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) le mois dernier, le spectacle rock de l’année.

Jamais avare de métaphores ni de déclarations à l’emporte-pièce, Gaétan Barrette en a rajouté une couche en s’emportant. Dans un geste symbolique de la trempe du V de la victoire de Churchill ou du clin d’œil de Patrick Roy à Marty McSorley, il a déchiré devant les caméras une photo de la maquette du grand centre hospitalier universitaire de Montréal. Et a ensuite ordonné au ministre de la Santé de revoir les plans du CHUM selon les exigences des médecins spécialistes, sans quoi, les carottes étaient cuites.

Le coup n’a pas manqué. Des manchettes aux éditoriaux, en passant par les sorties publiques de l’opposition à l’Assemblée nationale, les réactions au coup de gueule ont laissé dans leur sillage l’impression chez les commentateurs et le peuple que le projet du CHUM déraillait de nouveau. Vrai que le parcours de ce projet, dans sa forme actuelle née à la fin des années 90, est aussi inextricable qu’une démonstration de la constante de l’équation en sanscrit.

Juste l’épopée des lieux étudiés est digne d’une comédie de boulevard : d’un emplacement à côté des rails, décrié pour ses risques (ça s’évacue facilement d’abord, 700 grands malades en cas de déraillement) et l’allégeance péquiste de son comté (un truc qui lui a valu une contre-proposition à la fois étrange et libérale d’installer le CHUM dans un comté libéral de la pointe est de l’île), le CHUM est passé au centre-ville, puis a été déplacé non pas à côté des rails, mais sur les rails à la gare de triage d’Outremont, avant de revenir au centre-ville.

Il n’en demeure pas moins que le projet avance, et que si, comme le déplorait le président de la FMSQ, cette progression semble se faire «dans l’obscurité et l’hermétisme», c’est que le CHUM n’en est pas encore rendu à l’étape de la pépine. Et que bien d’autres étapes, dont la prise en compte des intérêts corporatistes des médecins – comme celui de la rareté des espaces de stationnement pour les médecins au centre-ville – sont à venir. Si le projet prend tant de temps à se concrétiser, c’est justement parce qu’il y a beaucoup de monde à satisfaire. Pas seulement les médecins spécialistes.

Avant même l’élaboration du CHUM en un seul site, la fusion des hôpitaux universitaires au milieu des années 90 en une seule entité administrative a provoqué un retard immense dans cette modernisation inévitable. Au premier rang des coupables, les différents groupes professionnels qui se sont déchirés dans une guerre de pouvoir qui ne leur a guère fait honneur.

Si la fusion des hôpitaux universitaires préalable à la construction d’un grand CHUM a pu enfin s’opérer, c’est que quelqu’un, quelque part dans la hiérarchie décisionnelle, a mis son autorité au service de la population et non pas des intérêts – aussi louables soient-ils – des uns et des autres.

Car, si en matière de toilettage, ce qui est bon pour minou est bon pour pitou, en matière d’hôpitaux, ce qui est bon pour le Dr Barrette ne l’est pas nécessairement pour tous. L’avis des médecins dans la conception d’un hôpital est primordial. Mais ils ne sont pas les seuls concernés.

Les intérêts des autres professionnels de la santé, du reste des employés, et encore plus, des patients et des contribuables ont aussi droit de cité. Cela va de l’ergonomie des lieux à la capacité de payer des contribuables en passant par l’accessibilité (c’est loin pour les cancéreux de Saint-Jérôme le centre-ville de Montréal, d’écrire le Dr Barrette dans Le Devoir du 2 août; on pourrait lui répliquer que le site d’Outremont l’était encore plus pour les cardiaques de Granby).

De toute façon, on se demande bien la raison d’un tel raffut, après une lecture fine du sondage Ipsos Descarie auprès des membres de la FMSQ œuvrant au CHUM, sur lequel s’est basé l’organisme. L’échantillonnage de cette étude peut paraître hasardeux, seulement la moitié des médecins spécialistes du CHUM ayant daigné répondre par courriel. Est-ce que les plus inquiets ou déçus du projet ont été plus motivés à répondre que les autres? La question se pose. Puis, de cette moitié, la moitié se dit insatisfaite d’avoir à travailler dans un CHUM situé au centre-ville. Ça laisse quand même une autre moitié qui n’est pas insatisfaite.

Pour un hôpital même pas encore construit. Alors, on se calme docteur.

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