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Analyse

Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 4
avril 2009

Le jour où Montréal s'est prise pour Las Vegas

C’était quelque part en juin 2005. Tout le gratin salivait devant la gargantuesque table montée par Loto-Québec. Un casino à fleur d’eau, luxueux comme ceux de Monaco, dans un Vieux-Port transformé en Venise, avec à la clé un centre de divertissement signé Cirque du Soleil. Bref, un Las Vegas de froid et de glace, capable de rivaliser avec quelques-unes des merveilles du grand souk touristique mondial.

Le «Tadam!» du grand dévoilement a par la suite fait place à un «pouet, pouet, poueeeeet» de punch manqué.

On met encore sur le dos de quelques groupes sociaux des quartiers voisins l’échec de ce projet de toute façon condamné à être mis au rancart. L’étude économique d’une commission menée par le mandarin Guy Coulombe avait pourtant suffi à torpiller le casino du Vieux-Port. Que révélait cette étude? Ça ne marchera pas, ni financièrement ni économiquement. Pas, en tout cas, dans la forme fantasque élaborée par la Société des casinos. Ça a tué non seulement le projet, mais aussi le goût du Cirque d’y établir sa base lunaire. Guy Laliberté l’a rappelé lors de son récent passage à Tout le monde en parle : Montréal n’a ni le bassin de population ni la clientèle touristique pour ce genre de machin.

Ce n’était pas la première fois que ça faisait «pouet, pouet, poueeeeet» après qu’on eut promis de mettre enfin Montréal sur la mappe.

En 1999, des promoteurs s’étaient engagés à faire de Montréal la nouvelle Orlando. Les autorités montréalaises en salivaient comme les chiens de Pavlov. À la décharge de ces dernières, il faut admettre que c’était gros, peut-être même godzilléen, ce Technodôme, un nouveau supermégacapoté centre de divertissement pour les 7 à 77 ans. «Ça n’aura pas d’égal en Amérique du Nord, à part peut-être Disneyworld!» avait juré un responsable au comité exécutif de la Ville.

Imaginez, on aurait pu y pratiquer, entre autres, du kayak en eau vive à longueur d’année, sur des rivières artificielles. On sent ici l’esprit visionnaire qui animait les promoteurs : soucieux d’une vie saine et équilibrée, le kayakiste en eau vive de demain cherchera à exercer son activité favorite sans risque d’attraper le célèbre «flux» de la rivière Rouge ou l’éprouvante dysenterie de la rivière Yamaska.

En 1994, durant le règne du maire Jean Doré, il y avait eu le projet Exponova, un Epcot Center du Nord ayant pour thème le froid! On se demande où ils vont chercher tout ça.

Après 10 ans de tricot bureaucratique sur fond de fusions, défusions, refusions municipales (a-t-on essayé la fission nucléaire?), Montréal a enfin le temps de penser à de nouvelles actions structurantes multisectorielles associatives et innovantes. Comme recréer l’Expo 67 (!), à la suggestion d’un candidat à la mairie aux élections municipales de novembre prochain.

S’il fut un temps où des Olympiques ou d’autres grands machins du genre permettaient à une ville de se donner de l’envergure, ils servent plutôt aujourd’hui à témoigner que le lieu a déjà de l’envergure. Et d’y liquider des deniers publics, là plutôt que dans des fantaisies comme le développement d’industries de pointe, des TGV ou un réseau universitaire de classe mondiale.

De toute façon, c’est sans ces patentes à gosses internationales que les villes de Seattle, San Francisco et Boston, notamment, sont devenues ce qu’elles sont. Tout comme elles, Montréal peut devenir un carrefour de création prospère et incontournable. Déjà, en comptant sur la présence, forte, du Cirque du Soleil, des EA, Ubisoft, Bombardier et la Caisse de dépôt, de l’OSM, CGI et SNC-Lavalin, des toques Picard et Laprise, des Arcade Fire, Malajube et autres, il y a une bonne base sur laquelle construire.

Montréal manque juste de souffle, de direction, et d’un peu de personnalité. Alors elle se cherche dans l’image qu’elle veut projeter au reste du monde. Comme si le boutte du boutte était d’être belle et séduisante aux yeux des touristes en goguette. Cela dit, Old Orchard a bien réussi dans ce créneau.

Montréal, la région (de Mirabel à Saint-Jean, de Rigaud à L’Assomption), doit se développer et s’affirmer pour elle-même avant tout. Construire une Montréal pour les Montréalais. Avec du leadership. Mais la tâche est colossale quand la région métropolitaine est administrée par 101 mairies, 771 élus et 24 structures supramunicipales. Il y a là comme un premier grand projet : la guérir de cette structurite mortelle.

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