Pissous!

Les anciens Anglais nous appelaient les pea soups. Parce que, paraît-il, on en mangeait de la soupe aux pois à une certaine époque. C’était leur façon à eux de nous décrire. He’s just a pea soup from Montreal.

Serviles, dociles, aussi peu portés à l’aventure et au risque qu’un mouton la nuit au pâturage : des mauvais effets de cet état de béatitude dans lequel nous étions plongés canoniquement, mais qui à l’inverse, nous évitait l’anxiété des ambitieux pécheurs. P’tite vie, p’tit destin, P’tit Québec, Ti-Jean, contentons-nous de peu, c’est ce dont nous avons les moyens. Au-delà de ce lopin identitaire, c’est la terra incognita et ses périls. Mieux valait le confort (rustique) et la déférence.

Par un travers linguistique permettant aux Québécois pas serviles, pas dociles et aventureux comme le mâle alpha de la meute, de se distancier de leurs congénères, pea soup s’est transformé en pissou. Le pissou a, par définition, peur de son ombre, peur de sa peur et de celle des autres.

On s’est fait accroire à un moment donné qu’on était affranchis de la pissoutude collective. Fuck le père Brébeuf et ses souffrances en terra incognita, les nouvelles inspirations viennent de Radisson, de des Groseillers, de La Vérendrye. Pas des pissous, ceux-là; ils ont fait la preuve que l’aventure et l’ambition, ça paye, ça rapporte, et en plus, c’est l’fun. Après tout, ils nous ont conquis l’Amérique. Cette inspiration nous a donné une certaine Révolution tranquille.

Mais au tréfonds de nous-mêmes, nous sommes restés des pissous, avec quelques loups solitaires qui, eux, osent et risquent. De la Révolution tranquille, nous ne retenons que les ombres de notre caverne, des ombres en forme de stade, d’aéroport, de rapports financiers de la Caisse de dépôt et placement. On s’est aventuré, on a péri, se sermonne-t-on.

Bref, on a toujours peur de notre ombre. En apparence moderne, l’économie québécoise est une bien vieille machine qui carbure au statu quo.

Cela nous donne un Québec industriel qui tarde à se moderniser. Là-dessus, le président de la FTQ, Michel Arsenault, y est allé d’une recommandation forte en ketchup : vivement une union monétaire avec les États-Unis. Question de sauver nos usines incapables d’affronter la volatilité du dollar canadien des derniers temps. En voilà une manière constructive de planifier l’avenir : pour traiter cette vilaine grippe, coupons-nous les deux jambes!

Le développement de nouveaux marchés? De nouveaux produits? De nouveaux procédés? L’innovation? Le risque? Ah, non, c’est trop difficile. Un sondage de la Fédération des chambres de commerce du Québec permet de constater que pour mesurer les succès de leur entreprise, les dirigeants québécois se comparent à plus de 80 % surtout à leurs concurrents locaux. La moitié des entreprises sondées ne planifient aucune activité de recherche et de dévelop­pement au cours des trois prochaines années.

Cela aussi donne des Québécois peu entreprenants, les moins portés vers la réalisation de leur propre bonheur par leurs propres moyens de presque tout l’Occident. On est loin de la Chutzpah des Israéliens, cette qualité d’audace qui a fait de ce p’tit État coincé entre la guerre et la guerre, une grande nation technologique, paradis des start-ups et de l’entrepreneuriat.

Afin de pallier, il n’y a que l’État québécois, qu’on accable de toutes sortes de critiques, mais qui agit comme il le peut, c’est-à-dire en subventionnant. Cela donne des subventions annuelles de six milliards aux entreprises pour les sortir de leur torpeur. C’est trois fois plus qu’en Ontario. Et surtout, c’est deux milliards de plus que les entreprises ne versent en impôt à Québec. Une façon comme une autre que les Québécois ont trouvée de prendre des risques sans rien risquer individuellement.

Notre nature de pissous permet toutefois de développer une certaine forme de créativité. Ainsi, une organisation aussi stratégique qu’Aéroports de Montréal, qui devra faire face un jour ou l’autre à l’impossibilité de développer davantage ses installations de Dorval, a trouvé la p’tite idée simple du siècle pour y remédier. Un nouvel aéroport à Mirabel? Que non, been there done that, and it was ugly. Plutôt, comme ils le mentionnent dans notre dossier à la une, transférer les vols internationaux à Toronto. Ça risque de coûter moins cher.

Je pense qu’il faut plutôt en rire. En pleurer, ce serait le torrent. Vivement notre Chutzpah.

guide de survie

Quelle serait la pire gaffe lors d’un party de bureau?









Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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