Il existe des gens qui veulent
votre bien et qui s’organisent pour l’obtenir. Ce sont des dirigeants et des actionnaires de
multinationale, qui, par diverses ruses et tactiques, réussissent à esquiver l’impôt. Ce
sont Ces riches qui ne paient pas d’impôt (Éditions du Méridien, 2004), mis au jour il y a
deux ans par la fiscaliste québécoise Brigitte Alepin. Dans ce recueil d’horreurs, elle présentait
un florilège de tours de passe-passe parfaitement légaux pour déjouer l’impôt – la loi étant
souvent créée pour les besoins particuliers des mieux nantis. Ainsi, des milliards de dollars
n’aboutissent jamais dans les coffres du trésor national. Et pour compenser, les gouvernements nous
convient d’un printemps de grâce à l’autre, nous pauvres particuliers, à donner notre chemise, sous
peine de représailles. Où est aujourd’hui le magot? Toujours dans d’exotiques lieux de
misère, comme les Bermudes, les Bahamas et autres Turques-et-Caïques, accuse Brigitte Alepin.
Pourquoi les citoyens ne se révoltent-ils pas face à ce coup de la Brinks perpétuel? «Parce que
personne ne comprend rien à la fiscalité. Pas même les fiscalistes!» prévient-elle. C’est
d’ailleurs pour être mieux équipée dans sa mission pédagogique auprès du grand public qu’elle
prépare présentement une maîtrise en administration publique à la Kennedy School of Government de
l’Université Harvard. Nous l’avons jointe afin qu’elle nous fasse part de ses
réflexions.

À votre avis, les Québécois paient-ils encore trop d’impôts?
Pourquoi est-ce le petit contribuable qui supporte la majeure partie du
fardeau fiscal et pourquoi n’y a-t-il pas un partage plus juste entre les salariés et les grandes
entreprises?
Les partisans des abris fiscaux et d’un impôt minimum pour les
entreprises affirment que si on taxe trop les entreprises, elles refileront la facture aux
consommateurs. Ils disent qu’une saine concurrence entre elles engendre un profit minimal et que
c’est préférable pour tous, car les prix à la consommation restent bas. Or, les multinationales
d’aujourd’hui n’œuvrent plus dans un contexte de profit minimal.
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Regardez ce qui se passe avec Exxon Mobile, la grande pétrolière américaine : elle a enregistré l’an dernier un profit net de 41 milliards de dollars, soit bien davantage que le PIB d’une majorité de pays! Avec de tels profits, elle pourrait payer ses impôts sans avoir à refiler la facture aux consommateurs. Mais les 5 plus grandes pétrolières du monde cumulent ensemble des impôts reportés de 50 milliards de dollars, c’est-à-dire qu’elles doivent cet argent aux différents gouvernements, et ce, sans intérêt, sous des prétextes d’amortissement et d’investissement. Cinquante milliards, c’est le budget annuel du gouvernement québécois!
Depuis la sortie de votre livre il y a deux ans, les riches paient-ils un peu plus d’impôts?
Non, les règles fiscales sont les mêmes. Les occasions pour les grandes entreprises et les riches de s’en sauver demeurent. Toutefois, j’ai l’impression que la population cherche plus à comprendre la fiscalité et à savoir comment les riches parviennent à s’en sortir ainsi. Les médias s’intéressent aussi beaucoup plus aux questions fiscales. C’est l’aspect le plus positif, parce que la population doit pouvoir compter sur eux pour mieux saisir ce qui se passe avec l’impôt.
Sommes-nous vraiment des analphabètes fiscaux?
De manière générale, est-ce que des gouvernements de droite, comme celui que nous venons d’élire à Ottawa, mènent vers un plus grand laisser-aller en faveur des plus riches, comme on le constate aux États-Unis depuis l’élection de George W. Bush?