Trouvez un article

Rechercher

Dossiers chauds

L’Indestructible

Sauvée de la mort à deux reprises, Murdochville se tient toujours debout, appauvrie mais vaillante. Porté à bout de bras par 800 citoyens passionnés, l’ancien fief de la Noranda tente de se réinventer.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 3 mars 2006

Difficile de trouver plus ardent défenseur de Murdochville que Francine Chouinard, directrice du Centre d’interprétation du cuivre. Arrivée dans ce bled de la péninsule gaspésienne à l’âge de cinq ans, avec ses poupées et ses rêves de petite fille, elle parle sans pudeur de son «histoire d’amour» avec la ville et ses habitants.

Ainsi, quand la fonderie de la mine de cuivre Noranda a fermé en 2002, Francine s’est démenée pour que son coin de pays reste en vie. «J’ai choisi de me battre parce que je crois à la renaissance de notre localité. C’est une voie difficile, mais j’aime mieux regarder le soleil que la tempête.»

Pub.

Et pourtant, la tempête a soufflé fort. En 2002, la ville était divisée en deux camps qui se sont affrontés lors d’un référendum : une minorité qui ne voulait pas partir, contre une majorité – 65 % de la population – qui préférait mettre la clé sous la porte, moyennant une indemnisation du gouvernement. «Ça a causé bien des accrochages», se rappelle Mario Chouinard, un autre pro-Murdochville. «Beaucoup n’étaient pas nés ici et n’étaient pas attachés à la ville. Ils étaient simplement venus travailler à la mine. Ils n’avaient pas de raison de rester.»

Finalement, deux gouvernements successifs, soit ceux de Bernard Landry et de Jean Charest, ont choisi de faire fi de la volonté populaire en ne fermant pas Murdochville. Un soulagement pour les 800 habitants qui ont décidé de rester, mais aussi le début d’une lutte pour survivre.

«Le plus grand défi, c’est de changer les mentalités», affirme André Lemieux, commissaire à la relance depuis 2003. «La main-d’œuvre d’ici est habituée de gagner de gros salaires dans de grosses compagnies. Ça ne favorise pas l’entrepreneuriat. En plus, il y a une culture de dépendance à l’endroit des programmes gouvernementaux. À cause des emplois saisonniers en Gaspésie, plusieurs ont l’habitude de travailler une partie de l’année seulement, puis de recevoir de l’assurance-emploi. C’est difficile de mettre sur pied une entreprise qui offre du travail permanent, parce que certains ne souhaitent pas travailler douze mois par année.»

Ajoutons à cela la difficulté de convaincre les entrepreneurs de s’installer dans une ville dont 82 % des sols présentent un taux de contamination supérieur aux critères d’Environnement Québec – on a notamment trouvé de l’arsenic! Néanmoins, selon des rapports commandés par Falconbridge (ex-Noranda), la présence de ces contaminants aurait un impact négligeable sur la santé des gens. La compagnie devra quand même faire des travaux pour nettoyer les sols.

Malgré les obstacles, quelques projets se développent. Les éoliennes font maintenant partie du paysage et des chercheurs viendront bientôt s’installer pour étudier l’énergie éolienne en climat nordique. On mise aussi sur les activités récréotouristiques (dont le ski et la motoneige) et la recherche en géothermie menée par l’Université Laval. On espère pouvoir réutiliser l’eau naturellement chaude des galeries souterraines de l’ancienne mine Noranda pour chauffer des bâtiments.

«Quand les touristes passent par chez nous l’été, ils s’attendent à trouver une ville morte sans commerces ni restaurants, raconte en riant Francine Chouinard. Ils sont surpris de découvrir à quel point ça déborde d’activités. Ici, on est tenace!»


guide de survie


Si vous gaffiez devant vos collègues et patrons, comment réagiriez-vous?








Résultats