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Dossiers chauds

Villes en péril (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 3 mars 2006

D’aventure en aventure
En dépit de ces difficultés, des projets prometteurs voient le jour dans de petites villes. «Dans le Bas-Saint-Laurent, on mise sur la production de bois transformés pour les revêtements, explique le sociologue Serge Côté, également chercheur pour le Groupe de recherche sur la migration des jeunes. En Gaspésie et sur la Côte-Nord, l’éolien génère de plus en plus d’activité économique. Les biotechnologies marines sont également en émergence.»

«On découvrira toujours de nouveaux gisements [ex. : la recherche de diamants dans les monts Otish, dans le Nord-du-Québec] ou de nouvelles façons d’exploiter nos ressources naturelles, estime Marc-Urbain Proulx. Regardez Sept-Îles! Grâce à l’aluminium, cette ville a stoppé son déclin causé par la crise de l’acier.» D’ailleurs, le secteur minier reprend du poil de la bête au Québec. Statistique Canada indique qu’en 2005, l’emploi dans ce domaine a bondi de 12,3 %.

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Mais attention : «Il faut savoir miser sur les bons chevaux, remarque Marc-Urbain Proulx. Autrement, on gaspille les fonds publics.» Les économistes interviewés s’entendent sur ce point : l’aide gouvernementale doit être distribuée avec discernement, selon une logique économique (et non électoraliste!). «Les autorités sont là pour déterminer quels sont les projets porteurs et donner un coup de pouce financier temporaire, expose Bernard Vermot-Desroches. Mais personne ne gagne à mettre une entreprise sous respirateur artificiel.»

Un exemple souvent cité pour illustrer ce genre de gâchis : la Société Papiers Gaspésia, à Chandler. Le gouvernement péquiste a investi des centaines de millions de dollars pour relancer l’usine délaissée par Abitibi-Consolidated en 1999. Mais les travaux de modernisation ont tellement dépassé les coûts prévus que le chantier a été stoppé en 2004.

Malgré cet échec, le maire de Chandler, Claude Cyr, refuse de jeter des pierres à qui que ce soit. «Le gouvernement a fait ce qu’il avait à faire. Il n’était pas seul dans cette histoire : Tembec, la SGF, le Fonds de solidarité étaient aussi impliqués. Il y a eu un manque de planification. On s’acharne sur cette histoire, alors que les dépassements de coûts pour le métro de Laval sont bien pires que pour la Gaspésia. Selon moi, c’est parce que ça s’est passé en Gaspésie. Tout le monde pense qu’on a reçu assez d’aide du gouvernement et qu’il faudrait maintenant se débrouiller seul. Mais moi, je crois qu’il faut partager la richesse.»

Exit la mentalité de boîte à lunch
Stimuler l’entrepreneuriat et faire pleuvoir les PME jusqu’aux confins du Nord-du-Québec? Facile à dire, moins facile à faire. Surtout dans les villes mono-industrielles.

«Le grand défi, c’est de changer la mentalité de boîte à lunch dans les municipalités qui ont toujours été à la remorque d’un seul gros employeur, affirme Mario Polèse. Les travailleurs ont l’habitude de se rendre à l’usine dès leur plus jeune âge et de recevoir leur chèque de paye. Grassement rémunérés [souvent autour de 60 000 $ par année dans les mines], les travailleurs ne se préoccupent pas de fonder une entreprise.»

Qui plus est, les PME qui osent s’installer dans ces localités ont du mal à recruter du personnel, car les salaires qu’elles proposent font pâle figure face à ceux offerts par les mines ou les papetières. «À Chandler, par exemple, les travailleurs commencent à comprendre que la Gaspésia ne reviendra pas. S’ils ne veulent pas que leur ville ferme, il faudra cesser de rêver aux salaires à tout casser», ajoute Mario Polèse.

Ainsi, nos campagnes doivent s’attendre à suer un coup dans les années à venir. Et à maigrir. «C’est vrai que des villes vont perdre de la population et des entreprises au cours des prochaines années, admet Bernard Vermot-Desroches. Mais il ne faut pas sous-estimer leur capacité à s’adapter. Elles apprendront à composer avec un plus petit nombre, qui se partagera les emplois qui restent. Évidemment, c’est triste de voir son village dévitalisé. Mais c’est encore moins drôle d’être réduit au chômage. Je pense qu’il faut aussi accepter que la vie n’est pas figée au même endroit. Ça a toujours été ainsi.»

Pour leur part, dans leur rapport La périphérie face à l’économie du savoir (INRS, 2002), Richard Shearmur et Mario Polèse concluent que bien que la situation en région périphérique soit difficile, «avec le temps, un nouvel équilibre devrait s’établir entre emploi et démographie, mais sur la base de populations plus petites et d’emplois moins nombreux».

Car il y aura toujours des gens qui voudront investir leurs énergies là où ils ont grandi, poursuivent-ils. Il y aura toujours des touristes attirés par les grands espaces du Québec. Et on aura toujours besoin de travailleurs pour administrer le territoire et en assurer la conservation.

«En Gaspésie, j’ai une meilleure qualité de vie», explique Mario Chouinard, propriétaire d’un bar à Murdochville. «Je vais à la pêche au saumon l’été, et l’hiver, je fais de la motoneige. Je vois le centre de ski de la fenêtre de mon commerce, je peux y aller à pied! Ma femme et moi, on a décidé de rester, coûte que coûte. Ça prend un p’tit vouloir, mais de temps en temps, faut se retrousser les manches!»

La même volonté motive René Dubé, maire de Matagami, une ville de 1 900 habitants durement éprouvée par la fermeture de la mine Bell-Allard, à la fin de 2004. «Je ne sais pas si c’est du masochisme, mais les gens ne veulent pas s’en aller. Ici, on a une qualité de vie exceptionnelle. On va donc continuer à travailler d’arrache-pied pour que la ville survive.»

Alors non, les villages du Québec n’ont pas dit leur dernier mot. Après tout, selon l’adage populaire, n’est-ce pas dans les petits pots qu’on trouve les meilleurs onguents? L’avenir le dira.

Prospères, mais vulnérables

NO 10
Mont-Tremblant (Laurentides)
* Fondée à la fin du XIXe siècle par des colons encouragés à s’y établir par le curé Labelle.
* Population : 8 907

• Sa survie est fortement liée à l’industrie touristique, et plus précisément à la prospérité d’Intrawest, la société qui exploite la station de ski Mont-Tremblant. À ce titre, elle est presque une «ville de compagnie», comme Lebel-sur-Quévillon ou Matagami. À la différence qu’elle est prospère, du moins pour le moment. «Nous sommes passablement dépendants d’Intrawest, admet Réjean Doré, maire suppléant. La fermeture de la station aurait un impact majeur.» La grève des 1 500 employés de la station de ski en décembre dernier a d’ailleurs fait perdre des millions de dollars à l’économie régionale. Dans les années 1980, la faillite de la station avait poussé le taux de chômage de la région à plus de 30 %.

• Bien qu’elle ne soit pas en détresse financière, la compagnie Intrawest est affectée «de manière assez sensible» par la diversification de l’offre touristique dans le monde entier et par la hausse du dollar canadien, qui décourage les Américains de venir skier à Mont-Tremblant et encourage les Canadiens à voyager aux États-Unis, précise Johanne Régimbald, directrice des relations avec la communauté chez Intrawest.

• Pour ne plus être dépendante vis-à-vis de la station de ski, la ville a créé un comité en vue de diversifier l’offre touristique. «On espère séduire la clientèle internationale, une clientèle bien payante», dit le maire suppléant.

• Quand la station de ski fonctionne à plein régime, Intrawest emploie à elle seule 1 800 personnes. Ce chiffre double presque si on y inclut les nombreux emplois dans les hôtels et commerces du site.


NO 11
Sept-Îles (Côte-Nord)
* Incorporée en 1951
* Population : 25 218

• L’aluminerie Alouette est le poumon de la ville, avec ses 1 000 travailleurs et les 2 000 emplois indirects qu’elle génère. Près de 20 % des travailleurs de Sept-Îles dépendent de l’aluminerie, ce qui rendrait la ville vulnérable si cet employeur devait fermer ses portes. C’est d’ailleurs cette entreprise qui a «sauvé» Sept-Îles du déclin au début des années 1990. La ville, dont l’économie reposait presque entièrement sur l’industrie du fer, a traversé une grave crise au début des années 1980 quand les matières plastiques et l’aluminium sont devenus plus populaires que l’acier et que de nouveaux fournisseurs d’acier sont arrivés sur le marché mondial.

• Pour le moment, tout va bien, En septembre dernier, la phase II de l’aluminerie a été inaugurée, projet qui représentait un investissement privé de 1,4 milliard de dollars et la création de 340 nouveaux emplois. «Il n’y a vraiment pas lieu d’émettre de sombres hypothèses, affirme le maire Ghislain Lévesque. Ce qui ne veut pas dire que nous devons nous reposer sur nos lauriers… On a beaucoup de projets de développement dans le secteur de la transformation des ressources naturelles et de l’exploitation minière.»

• «Par ailleurs, poursuit Ghislain Lévesque, l’hôpital de Sept-Îles génère environ 700 emplois, et des compagnies comme Ironore Company of Canada et les Mines Wabush emploient chacune 300 personnes dans leurs usines, leurs bureaux administratifs et leurs installations portuaires de Sept-Îles.


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