Des sous pour procréer
Pourtant, la politique familiale du Québec compte parmi les plus généreuses au Canada! N’empêche, elle fait figure de parent pauvre à côté du nord de l’Europe, soutient Diane Lavallée. «Dans ces pays, le taux de fécondité est plus important qu’au sud, et pourtant, c’est là où le taux d’emploi des femmes est le plus élevé. C’est en partie dû au fait que le rôle du parent est reconnu socialement. On doit s’inspirer de leurs mesures progressistes [voir encadré Dans la cour du voisin].»
Car en effet, au Québec, changer des couches, faire de la purée maison et jouer avec son petit ne sont pas les tâches les plus valorisées qui soient. Dominique Girard, qui tente de mettre sur pied une association québécoise pour les parents au foyer, a elle-même choisi de s’occuper de son fils à temps complet.
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«Mettre de côté sa carrière pour se consacrer aux enfants devrait être un choix accepté, dit-elle. On ne devrait pas sentir qu’on vaut moins parce que ça fait quatre ans qu’on est à la maison. Mais les parents au foyer ont le statut d’un enfant : techniquement, sur une déclaration d’impôts, ils sont des dépendants. Ça donne l’impression qu’ils ne font rien. Alors qu’ils travaillent 24 heures sur 24!» En effet, une équipe de spécialistes de la rémunération a déjà calculé qu’une mère (ou un père) au foyer mériterait un salaire de 157 000 $!
L’idée de verser un salaire aux parents qui restent à la maison est d’ailleurs dans l’air du temps, comme en témoigne un sondage mené au printemps 2005 par le magazine L’actualité. Plusieurs lecteurs ont avancé cette solution pour augmenter le taux de natalité au Québec. Par ailleurs, l’Association féminine d’éducation et d’action sociale a abordé la question de la reconnaissance du rôle parental par l’État lors de son 39e congrès, en août dernier. Le gouvernement prêtera-t-il l’oreille à cette suggestion?
Car les temps sont durs pour les parents. Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas de voir le nombre d’enfants péricliter. Ni de constater que les couples repoussent aux calendes grecques la naissance d’un premier rejeton. Une situation dramatique aux yeux de Julie Carignan, qui a elle-même réussi l’exploit de mettre au monde trois enfants tout en poursuivant sa carrière.
«Parce qu’on ne veut pas avoir l’air de blâmer les femmes, on est gêné de dire qu’on vit une crise au Québec. Le fait de ne plus faire d’enfants met en danger notre société. Ne serait-ce que par rapport au problème de relève dans les entreprises. C’est un casse-tête pour les employeurs qui approchent de la retraite et qui cherchent des gens pour prendre les rênes de leur compagnie. Nous ne sommes plus assez nombreux pour occuper tous les postes pour faire fonctionner notre société, et dans dix ans, ça va être pire!»
Reste à voir si ces enjeux convaincront les Québécois de se consacrer à l’agréable tâche de concevoir des bébés…
Carrière d’avenir?
Selon une étude de Salary.com, une entreprise spécialisée en gestion salariale, le salaire annuel que devrait mériter un parent à la maison serait de 157 000 $!
Pour en arriver à ce résultat, Salary.com a comparé les tâches d’une maman à la maison avec celles de différents métiers et professions apparentés : infirmière, cuisinière, chauffeuse, éducatrice, gardienne de maison… et même PDG. Pour établir un salaire, les analystes se sont basés sur la rémunération en vigueur aux États-Unis pour chacun de ces métiers ou professions et ont ensuite pondéré en fonction du temps et de l’importance qu’accordait la maman (ou le papa) à la maison à chacune de ces tâches. (É. G.)