Dossiers chauds

Dur réveil

Vous pensez qu’aujourd’hui, grâce à la technologie moderne, les femmes peuvent tomber enceintes à 40 ans en criant ciseau? Hélas, il n’en est rien. Car si la société et la science évoluent, le corps, lui, a la même horloge biologique qu’il y a des milliers d’années.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 5 mai 2006


Il n’y a aucun doute : la biologie du corps féminin n’a pas suivi l’évolution sociale de la femme. Ainsi, à l’époque de Cléopâtre comme à l’ère de Madonna, il est plus naturel d’avoir des bébés à 15 ans qu’à 40 ans!

«Les femmes croient trop souvent à tort qu’en 2006, elles peuvent consulter un magicien de la fertilité et que leur désir va se réaliser», déplore Marie-Josée Gaudreault, médecin et propriétaire de la clinique Fémina, à Montréal. «On a beau manipuler toutes sortes de pipettes et de médicaments, on ne peut malheureusement pas toujours étirer l’élastique de la nature.»

Le Dr Jocelyn Bérubé, de la Clinique de planning des naissances de Rimouski, déplore aussi la pensée magique qu’entretiennent certaines femmes vis-à-vis de la fertilité. «Dans les revues populaires, on voit parfois des actrices qui attendent un enfant à 47 ans. Or, elles ont souvent subi un transfert d’embryon, qui coûte une fortune! C’est loin d’être à la portée de Madame Tout-le-monde. Les médecins auront à faire beaucoup de sensibilisation dans les années à venir afin que les femmes sachent qu’à force de retarder une grossesse, il se peut qu’elles ne puissent plus avoir d’enfant.»

En effet, l’élastique de la nature commence à résister sérieusement dès la mi-trentaine. «Le corps des femmes est encore conçu pour qu’elles deviennent enceintes à partir de 15 ans, même si ce ne sont pas des choix préconisés par notre société, affirme la Dre Marie-Josée Gaudreault. On peut tomber enceinte vers 40 ans, mais les chances sont beaucoup plus minces. Il est vrai que la science a fait des bonds extraordinaires au cours des dernières décennies. Reste que sur le plan anthropologique, on ne peut pas demander au corps de s’adapter au rythme des progrès de la médecine.»

Dans 200 ans, les femmes auront peut-être leur ménopause à 60 ans. Ce qui leur permettrait de se lancer dans l’aventure de la maternité beaucoup plus tard, une fois leurs études terminées et leur carrière bien amorcée. Mais pour le moment, la probabilité de fécondation naturelle chez les femmes de 35 à 40 ans est de 5 %, comparativement à 22,4 % chez les 21 à 25 ans, selon les travaux du démographe français Henri Léridon.

Même avec un petit coup de pouce de la science, plus la femme vieillit, plus ses chances de procréer diminuent. Ainsi, le pourcentage de grossesses réussies à l’aide d’une fécondation in vitro chez les femmes de 41 ans et plus ne dépasse par 13 %, alors qu’il est de 42 % pour le groupe des 20 à 29 ans (statistiques 2003-2004, clinique Procréa).

En outre, les grossesses tardives peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé. «Et pour la mère, et pour l’enfant, il y a des risques, note Marie-Josée Gaudreault. D’une part, le taux de malformation est plus élevé chez le fœtus, et d’autre part, les maladies chez la femme pendant la grossesse sont plus fréquentes, que ce soit le diabète gestationnel, l’hypertension ou la prééclampsie [complication hypertensive qui apparaît dans les trois derniers mois de la grossesse].»

D’où l’importance de fonder une famille le plus tôt possible dans la vie, histoire d’éviter les complications physiologiques… ou les chagrins. «Parmi les femmes qui viennent me consulter pour un bilan de mi-carrière, j’entends beaucoup de regrets», témoigne Julie Carignan, vice-présidente de la firme de psychologues industriels Société Pierre Boucher. «Plusieurs ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants tout de suite afin de mettre leur énergie dans leur carrière, en se disant qu’elles pouvaient attendre encore. Mais un jour, le corps ne répond plus à l’appel. C’est à ce moment qu’elles réalisent qu’elles ont eu tort de penser pouvoir contrôler comme un métronome tous les éléments de leur plan de vie. Et elles regrettent d’avoir ignoré les limites de leur cycle biologique.»


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