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Dossiers chauds

Dieu à l’ouvrage (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 2 février 2006

L'avocate Silvia Ugolini

L'avocate Silvia Ugolini a adhéré à ce mouvement à la suite d'une remise en question face à sa profession apparemment prestigieuse, mais où elle ne rencontrait que déceptions. À 26 ans, elle a tout plaqué pour séjourner quelques mois en Argentine. «J'ai vu tellement de gens brisés parmi ma clientèle que ça m'a désenchantée vis-à-vis du succès. Je voulais reprendre contact avec l'essentiel. À mon retour, j'ai connu l'Opus Dei, dont l'objectif est de tendre à la sainteté par le travail. Et j'ai enfin trouvé ce que j'avais cherché toute ma vie : une façon d'approfondir ma foi et un nouveau sens à mon travail.»

Aujourd'hui, cette mère de trois enfants est gestionnaire pour une compagnie d'assurance. Sur son bureau, un presse-papier à l'effigie de Jésus en croix est placé bien à la vue. Pendant la journée, elle puise dans sa foi l'énergie qu'il lui faut pour affronter ses souffrances au travail. «C'est inutile de lutter contre la peine; elle fait partie de la vie. Mais la prière m'aide à la transformer en conquête.»

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Du sens, SVP!

Qu’ils croient dur comme fer aux cristaux et aux pyramides ou qu’ils se rendent à l’eucharistie chaque matin, une motivation rassemble tout ce beau monde : trouver un sens à leur vie.

Jean-Marc Labrèche, psychologue industriel chez Jacques Lamarre et associés, remarque chez ses patients une soif intense de spiritualité. «Les employés brûlés rentrent à la pelletée dans mon bureau. Ils se sentent exploités jusqu’à la moelle par des entreprises avides de rendement. Ils cherchent à comprendre le sens de leur vie dans des milieux professionnels souvent déshumanisés.»

Robert Dutton, président de Rona, a trouvé en Dieu une boussole. «À 42 ans, je me suis retiré dans le silence pour réfléchir à des questions existentielles. Je sers à quoi? Comment puis-je vivre en entreprise en conformité avec mes valeurs spirituelles? À mon retour, je me suis acharné à bâtir une compagnie basée sur ces valeurs-là. Je ne suis pas prêt à mentir, à être injuste et à prendre des décisions d’affaires à court terme pour faire de l’argent. Les gens passent avant tout.»

Robert Dutton, président de Rona

Si Robert Dutton et Silvia Ugolini parlent aussi ouvertement de leur spiritualité au travail, c’est loin d’être le cas des 75 % de Québécois croyants (sondage CROP-La Presse, 2004). Beaucoup de gens interviewés pour cet article ont requis l’anonymat. Sur la douzaine de chefs d’entreprise à qui le Magazine Jobboom a demandé de parler de leur foi, seulement deux ont accepté de prendre la parole.

«S’afficher en tant que croyant à notre époque, surtout en entreprise, c’est nager à contre-courant, affirme Jean-Marie Sala, consultant en gestion environnementale et fervent catholique. Ça ne fait pas “moderne” de dire qu’on a la foi.»

D’abord, il y a la peur d’être perçu comme fanatique ou flyé. La peur d’être ridiculisé par ses collègues. «La spiritualité est frappée d’un tabou, comme la sexualité l’était autrefois, explique Solange Lefebvre, professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions à l’Université de Montréal. Aux États-Unis, il est malvenu de dire qu’on est non-croyant, mais, au Québec, c’est tout le contraire. Ici, on a complètement privatisé le pan spirituel : les croyances ne se partagent pas publiquement, et surtout pas au boulot.»

Les valeurs, c’est in

«L’omerta règne sur la question de la spiritualité en entreprise, constate également Thierry Pauchant. Par contre, si vous questionnez les gestionnaires sur l’éthique et la gestion par les valeurs, ça passe.»

En effet. Nous avons tenté l’expérience chez le fabricant de papier Cascades, reconnu pour son approche particulière en ressources humaines. La simple évocation du mot «spiritualité» a failli bannir nos chances d’obtenir une entrevue. Mais parler des valeurs de la compagnie? Pas de problème. «On ne se préoccupe pas de spiritualité dans notre gestion, affirme Claude Cossette, vice-président des ressources humaines. Les croyances des employés relèvent du privé. On préfère mettre l’accent sur le bien-être des gens et le respect, par exemple.»


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