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Dossiers chauds
Mouvements spirituels

Invasions barbares

Travailleurs à bout de souffle, prenez garde où vous mettez les pieds! Faux prophètes et charlatans font leur pain et leur beurre de votre détresse psychologique. Avec parfois de funestes conséquences.

par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 2 février 2006


Àla fin des années 90, Marie-Paule Tremblay (nom fictif), alors rédactrice en chef d’un magazine féminin, a été confrontée à la médecine étrange d’une consultante spirituelle embauchée par l’entreprise.

Basant son approche sur les flux d’énergie, ladite consultante réunissait les employés chaque semaine pour leur faire dessiner des mandalas (une sorte de cercles sacrés chez les bouddhistes). Une thérapie de groupe, en quelque sorte. Et c’est au cours d’une de ces séances qu’Anne-Marie Simard a été congédiée devant tout le monde par la consultante et la patronne d’alors… en des termes ésotériques : on lui a dit de prendre son envol!

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«Je n’ai pas été traumatisée outre mesure par cette expérience, raconte Marie-Paule. Au fond, c’est vrai que ma place était ailleurs. Mais j’admets que les méthodes de la consultante spirituelle étaient discutables.»

Marianne (nom fictif), une ex-collègue d’Marie-Paule, garde un souvenir amer de cette époque. «C’était une véritable gourou, dit-elle sans hésiter. On nous demandait de croire en quelque chose de plus grand que nous en alléguant que le tirage du magazine allait être bonifié. J’avais l’impression de me faire jouer dans la tête. D’autres collègues partageaient mon sentiment. Pourtant, on a accepté de se faire imposer cette approche nouvel âge par l’entreprise. Je me demande encore pourquoi.»

Rares sont pourtant les mouvements sectaires ou spirituels qui infiltrent les entreprises, souligne Yvon Théroux, religiologue, auteur et professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. «Ce sont plutôt des collègues déjà membres d’une secte qui convainquent d’autres collègues de venir à une rencontre spirituelle à l’extérieur du bureau, par exemple.»

Mais il arrive que ce soit à l’initiative de gestionnaires mal avisés que des loups se retrouvent dans la bergerie. Par exemple, en 1988 et 1989, Hydro-Québec a embauché à sept reprises un conférencier du nom de Luc Jouret, médecin et homéopathe de métier. L’homme, très charismatique, a donné des ateliers à quelques centaines d’employés sur le «vrai sens du travail» et «la gestion de la santé du gestionnaire», entre autres. Séduits, 43 employés de la société d’État ont ensuite décidé de participer à d’autres cours donnés par l’homéopathe.

Le Québec est un terreau favorable à la croissance des sectes.

Or, ce conférencier n’était autre que le porte-parole de l’Ordre du temple solaire (OTS), une secte apocalyptique qu’il avait cofondée au milieu des années 80. Il a réussi à recruter 15 employés d’Hydro-Québec, à qui il promettait un monde meilleur sur une autre planète, Sirius. En 1994, deux de ces employés ont péri (suicide ou meurtre, on ne saura jamais) afin de permettre à leurs âmes de transiter vers Sirius, lors d’un carnage dans un chalet suisse. «L’histoire de l’OTS est l’exemple le plus tragique que le Québec ait connu au chapitre des sectes en entreprises», affirme Yves Casgrain, un consultant en mouvements sectaires auquel les autorités ont fait appel pour faire la lumière sur cette sordide affaire.

Travailleurs vulnérables

Selon Yves Casgrain, il est certain qu’à l’heure actuelle d’autres pseudo-experts sévissent dans des organisations. «Le rythme de travail effréné et l’épidémie de burnouts ouvrent la porte aux charlatans de tout acabit. Les gestionnaires cherchent désespérément des solutions pour que leurs employés soient plus heureux et s’absentent moins.»

D’autant plus que le Québec est un terreau favorable à la croissance des sectes. «Jusqu’à la Révolution tranquille, explique Yvon Théroux, les Québécois formaient un peuple très religieux. Ensuite, ils se sont départis de leurs traditions. Ce qui ne signifie pas qu’ils aient abandonné toute quête de sens et de vérité. Mais désormais, ils cherchent aussi à l’extérieur des religions traditionnelles. Quand on leur offre des réponses qui paraissent limpides et éclairantes, ils sautent dessus!»


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