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Dossiers chauds

Invasions barbares (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 2 février 2006

Mais n’allez pas croire que les gourous ne prennent que des simples d’esprit dans leurs filets. «Les disciples de mouvements sectaires sont souvent des professionnels et des scientifiques, explique Yvon Théroux. Par exemple, 70 % des raëliens sont des professeurs et des étudiants de niveaux collégial et universitaire. Et 70 % des adeptes d’Eckankar — un mouvement assez répandu au Québec qui promet à ses membres des voyages astraux —, sont des professionnels de la santé.»

Comment peut-on avaler un concept aussi loufoque que le transit vers Sirius quand on est bardé de diplômes et qu’on s’est frotté à la pensée rationnelle? «C’est simple : les gourous ne font pas appel à votre intelligence, mais à vos émotions, précise Yves Casgrain. Tous les milieux de travail sont à risque. Cependant, les employés stressés qui font des heures de fou sont particulièrement vulnérables. Certains n’ont aucune vie affective. Psychologiquement, ils sont tellement fragiles qu’ils en perdent leur sens critique.»

Gourous futés

Il faut dire que certains mouvements religieux ont des techniques d’approche insidieuses. Un exemple : au bureau, vous recevez une publicité annonçant des ateliers sur le bien-être au travail. On vous promet mers et mondes. L’entreprise qui offre ces cours porte un nom qui n’a rien à voir avec le mouvement religieux auquel elle est pourtant affiliée.

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Or, au bout de quelques séances, on commence à vous parler de karma, de réincarnation, de chakras… Bref, à s’éloigner du vocabulaire propre à la psychologie pour vous entraîner dans des sentiers nouvel âgeux. C’est à ce moment qu’une lumière rouge doit s’allumer dans votre esprit.

«Le hic, c’est que ces animateurs sont habiles et se comportent d’abord en professionnels de la psychologie, précise Yvon Théroux. Mais en réalité, la plupart n’ont pas le moindre diplôme dans ce domaine. Si vous leur posez des questions à propos de leur formation, ils seront très mal à l’aise.»

Il faut toujours vérifier la formation et l’expérience d’un animateur, insiste Yves Casgrain. «Ça prend de solides études en psychologie pour jouer dans l’esprit des gens de manière constructive. En ce moment, n’importe qui peut monter un cours de gestion de l’humain et l’offrir à une entreprise. Or, certains animateurs utilisent des techniques vraiment condamnables pour contrôler les gens : on les manipule, on les ridiculise, on les humilie.»

Mais ce qui scandalise encore davantage Yves Casgrain, c’est que les employés ont souvent le sentiment de ne pas avoir le choix de suivre le troupeau lorsque la compagnie organise une formation. «Un travailleur peut refuser de se présenter à un cours de croissance personnelle s’il n’est pas à l’aise. Sauf que, dans les faits, peu s’abstiennent de peur de déplaire aux patrons, de se marginaliser ou de nuire à leur avancement. Une telle pression tacite entrave la liberté de l’individu.»

Hélas, cette atteinte à votre liberté n’est pas la moindre des conséquences. «En entreprise, si vous sentez qu’on vous prive de votre libre arbitre, qu’on vous dicte subtilement comment et quoi penser, méfiez-vous!», avertit Thierry Pauchant, titulaire de la Chaire en management éthique à HEC Montréal. «Les dangers sont bien réels : vous courez le risque d’être dépossédé, abusé, ruiné… et même assassiné!»


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