Et que penser de ces Déjeuners de la prière ou autres rencontres à connotation religieuse entre gens d’affaires? Dieu sert-il de prétexte pour faire du commerce?
«Beaucoup de gestionnaires participent à ces rassemblements pour des raisons spirituelles sincères, estime Michel Dion. Mais il ne faut pas être naïf! Ces rencontres ont aussi un caractère de chambre de commerce. On y échange des cartes d’affaires. Et puis, certains voient d’un bon œil le fait que leurs partenaires commerciaux fréquentent ce genre d’événement. Ça les rassure.»
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Certains chefs d’entreprise croyants sont conscients des risques de dérapage et n’aiment pas qu’on mêle Dieu à toutes les sauces. C’est le cas de Robert Dutton. «Des hommes d’affaires ont déjà utilisé leurs convictions religieuses pour m’inciter à acheter leurs produits. Dans ce cas, je me referme comme une huître. Je m’abstiens de parler de spiritualité dans des contextes qui ne s’y prêtent pas.»
«Une entreprise a pour but de faire de l’argent, point à la ligne, estime Yves Casgrain. Ce n’est pas le mandat de l’employeur de trouver un sens à la vie de ses employés et de se mêler de leur bonheur spirituel. C’est une démarche personnelle.»
Pour sa part, même s’il admet que la spiritualité au travail comporte ses pièges, Thierry Pauchant voit d’un bon œil l’idée d’intégrer une forme de transcendance au boulot. À ses yeux, l’entreprise spirituelle idéale est celle qui encourage la liberté d’expression et cultive une vision qui dépasse ses propres intérêts. Par exemple, en ayant à cœur les répercussions de sa production sur la nature, la société et les générations futures.
«Hélas, on n’a pas encore trouvé un langage commun pour parler de spiritualité en entreprise qui respecterait tout le monde, dit-il. Mais j’ai bon espoir : le Québec est mûr pour débattre de cette question sur la place publique.»
Après les débats inachevés sur la présence du kirpan à l’école ou l’obligation de fournir des lieux de prière aux musulmans dans les universités, les Québécois sont-ils réellement prêts pour cet autre chemin de croix?