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Dossiers chauds

Saints patrons

La christianisation des milieux de travail est la tendance de l’heure aux États-Unis. Un nombre croissant de patrons ne se cachent pas pour prêcher l’évangile à leurs employés.

par Stéphane Plante et Martine Roux


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 2 février 2006


En 1990, il y avait 50 associations d’aumôniers en milieu de travail aux États-Unis. En 2004, on en dénombrait plusieurs milliers, rapportait récemment le quotidien The New York Times.

Ce chiffre est révélateur de la cote de popularité de Dieu chez nos voisins américains. En fait, son incursion jusque dans les usines et les tours à bureaux est la plus grande tendance de la décennie aux États-Unis, croit Patricia Aburdene, auteure de Megatrends 2010: The Rise of Conscious Capitalism (Hampton Roads Publishing, 2005).

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En milieu de travail ou dans les organismes de recherche d’emploi, on cite God à toutes les sauces, remarque aussi la journaliste Barbara Ehrenreich dans son plus récent essai, Bait and Switch (Metropolitan Books, 2005). Lors d’une activité de réseautage, elle se frotte à des gestionnaires plus enclins à communiquer leurs idées religieuses que les coordonnées d’éventuels employeurs. Au micro se succèdent des gens d’affaires venus raconter comment Dieu est intervenu dans leur vie, raconte-t-elle.

Aux États-Unis, un nombre croissant d’entreprises s’affichent comme chrétiennes jusque sur les étiquettes de leurs produits au moyen d’un symbole chrétien très ancien en forme de poisson.

«Ce n’était pas ma première expérience sur un terrain où le soi-disant christianisme se superpose au milieu des affaires, écrit Barbara Ehrenreich (traduction libre). Mais récemment ce phénomène s’est considérablement étendu. On retrouve aujourd’hui des groupes de prière qui se forment entre employés — et ce, même dans de grandes entreprises comme Coca-Cola et Intel — ainsi que des réseaux de gens d’affaires chrétiens. Un nombre croissant d’entreprises s’affichent comme chrétiennes jusque sur les étiquettes de leurs produits au moyen d’un symbole chrétien très ancien en forme de poisson.»

L’auteure n’est pas la seule à s’étonner des liens entre Dieu et le milieu de travail. Les médias américains relatent aussi le zèle de ces entrepreneurs nouveau genre, à la limite des preachers. Cité dans le New York Times, le dirigeant d’une banque de Minneapolis affirme que Jésus le conseille dans ses stratégies d’affaires. Et qu’il invite régulièrement employés et clients dans son bureau pour… prier.

Plusieurs entreprises américaines seraient ainsi dirigées par des individus qui considèrent Jésus-Christ comme un membre de leur équipe. Certains gestionnaires chrétiens écrivent des bouquins sur l’importance du recueillement au boulot. L’un deux, l’homme d’affaires et conférencier Rick Heeren, a publié un livre au titre évocateur, Thank God it’s Monday! (Transformational Publications, 2004), qui expose les meilleures méthodes pour répandre la parole de Dieu entre 9 h et 5 h.

Dans une entrevue accordée récemment au magazine The Christian Science Monitor, Patricia Aburdene explique que le zèle des patrons prêcheurs est une ultime tentative pour redorer l’image de la gestion d’entreprise ternie par les scandales financiers et la corruption. Un virage moral, en d’autres mots.

Cette christianisation du milieu de travail soulève des questions d’ordre légal. La loi américaine condamne le harcèlement religieux, mais pas le prosélytisme. Quand les employeurs proposent aux salariés de prendre part à des séances de prière pendant les heures de travail, où tracer la ligne entre les deux?

Pour l'heure, seul Dieu a peut-être la réponse.

Sources : «Faith at Work», The New York Times, 31 octobre 2004; Bait and Switch, Barbara Ehrenreich, Metropolitan Books, 2005; «Trend-watcher sees moral transformation of capitalism», ; The Christian Science Monitor, 3 octobre 2005


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