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Dossiers chauds
Les enquêtes de crédit avant embauche

Le nez dans vos dettes

Vous cherchez un emploi et vous êtes dans le rouge? Redressez vos finances! Au Québec, plusieurs entreprises fouillent le crédit de leurs futurs employés. Faut-il s’inquiéter de cette tendance?

par Marie-Eve Cousineau


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006


Lorsqu’elle était gérante dans un centre de location de voitures de Montréal, Mylène (nom fictif) effectuait des enquêtes de crédit sur tous ses futurs employés. «Même ceux qui étaient engagés pour laver les voitures et qui ne manipulaient pas d’argent!» dit la femme de 27 ans. Elle-même a vu son dossier passé au peigne fin avant d’être embauchée. «À l’époque, l’employeur justifiait cette pratique par le grand nombre de fraudes et de vols dans la succursale», explique Mylène.

C’était il y a environ huit ans. Depuis, de plus en plus d’employeurs fouillent le dossier de crédit de leurs candidats avant de les embaucher. En d’autres mots, lorsque vous avez passé avec succès l’entrevue de sélection, votre potentiel patron peut vous faire signer un formulaire l’autorisant à vérifier votre cote de crédit auprès des bureaux divulguant cette information au Canada, soit Equifax et TransUnion (à moins qu’il ne mandate une firme pour le faire à sa place). Aux États-Unis, 19 % des organisations vérifient systématiquement cette information et 24 % le font à l’occasion, d’après un sondage mené en 2004 par l’organisme international Society for Human Resource Management auprès de 2 500 professionnels en ressources humaines.

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Aucune étude équivalente n’existe au Québec. Mais la pratique serait courante, d’après Richard Matte, directeur et associé chez Matte Groupe Conseil, spécialiste dans la recherche de cadres intermédiaires et supérieurs. «Le tiers des grandes entreprises font des enquêtes de crédit pour les postes de cadres ou de professionnels, estime-t-il. Elles sont de plus en plus précautionneuses.» Selon lui, l’enquête de crédit va souvent de pair avec la vérification des antécédents judiciaires.

Cette pratique se répand maintenant à tous les types d’employés, qu’ils manipulent ou non de l’argent. Ainsi, une firme de Vancouver, HRScreening, offre à des employeurs d’horizons multiples (détaillants automobiles, médias, entreprises de transport, etc.) des enquêtes préalables à l’embauche. Pour environ 29 $, non seulement votre potentiel employeur peut voir si vous avez acquitté les mensualités de votre carte VISA ou de votre hypothèque, mais le rapport de crédit fourni par HRScreening lui procure également une foule d’autres renseignements. «Il indique, par exemple, les risques de fraude [fraud alert], les numéros d’assurance sociale non valides, les anciens employeurs et les anciennes adresses, dit Sheena Murphy, directrice du développement des affaires. C’est un outil utile pour confirmer l’identité d’un candidat.»

Cette firme, qui mène des enquêtes pour des employeurs de partout au Canada, a vu l’ensemble de ses ventes augmenter de 65 % depuis deux ans, indique Sheena Murphy. Ceci notamment grâce à la popularité croissante des enquêtes préalables à l’embauche, dont la vérification du crédit. «Le nombre de demandes a facilement doublé au cours de la dernière année», estime-t-elle. Outre l’enquête quant à un dossier criminel, la vérification de crédit est la plus demandée : les employeurs peuvent obtenir l’information concernant le passé financier d’un candidat en 24 heures.

Les enquêtes ont la cote

Depuis ses débuts, il y a trois ans, Entrevues.com, une agence québécoise de placement et de recrutement spécialisée dans les domaines de la représentation, de l’administration et de la gestion, offre un service de vérification de crédit aux entreprises. Selon Véronik Lapointe, présidente de la PME, la majorité des entreprises le demandent. «Si le candidat n’a pas une bonne cote de crédit, il est évident que l’employeur ne voudra pas l’embaucher», dit-elle.

Pour plusieurs employeurs, une excellente cote de crédit témoigne du caractère consciencieux du candidat.

C’est particulièrement vrai si le futur employé est appelé à manipuler des sommes d’argent, par exemple. Ainsi, il est courant que des commerces de détail vérifient le crédit de leurs candidats, d’après Mireille Vallée, représentante, développement des affaires - Montréal de Keyfacts Canada, une firme d’investigation nationale qui effectue des enquêtes préalables à l’emploi. «Leurs employés traitent de l’information sensible, comme des cartes de crédit», précise-t-elle.

D’ailleurs, dans le cadre d’un programme de sécurité obligatoire visant à prévenir la fraude, MasterCard et Visa demandent aux commerçants de vérifier les antécédents des employés ou des futurs employés ayant accès à des numéros de cartes de crédit. Cette investigation peut prendre la forme d’une vérification des antécédents judiciaires ou du dossier de crédit, par exemple.


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