Dossiers chauds

Pauvres de nous (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 6
juin-juillet 2006

Les Québécois se disent solidaires, mais ce qui les intéresse le plus, ce sont les politiques sociales qui assurent leur confort individuel. Ça n’incarne pas une générosité de société.

Vous dites que le Québec est conservateur. Est-ce le signe d’une société vieillissante où l’électorat qui a le plus de poids préfère garder ses privilèges plutôt qu’avoir le goût du risque et de l’innovation?
Nous ne sommes pas encore une société «vieille». Cette tendance conservatrice vient plutôt de notre culture. Nous avons toujours été en retard sur le reste du Canada : nous nous sommes opposés à l’assurance-emploi et avons été les derniers à nous doter d’un système de santé. Il y a eu la Révolution tranquille, une quinzaine d’années pendant lesquelles nous avons comblé le retard social envers le reste du pays. Mais depuis, nous avons cessé de progresser. Le conservatisme est revenu avec de nouvelles élites qui se sont assises sur ces réformes-là. Les Québécois se disent solidaires, mais ce qui les intéresse le plus, ce sont les politiques sociales qui assurent leur confort individuel. Ça n’incarne pas une générosité de société.

Vous déplorez que les riches paient une trop grande part de l’impôt des particuliers. N’y a-t-il pas un paradoxe : l’État québécois aurait plus de revenus si les riches étaient moins imposés?
Si le Québec comptait la même proportion de riches qu’en Ontario, avec un impôt sur le revenu identique à celui de cette province, le gouvernement québécois aurait cinq milliards de dollars de plus dans ses coffres chaque année. C’est deux fois le déséquilibre fiscal! Ce qu’il faut, c’est un bon système où chacun paie sa juste part et où il n’y a aucun abri fiscal pour les riches.
Quarante-deux pour cent des Québécois les plus pauvres ne paient pas d’impôt. Les autres 60 % paient toute la note pour permettre à l’État d’offrir les services sociaux. Et les 2 % de contribuables qui ont des revenus de plus de 100 000 $ paient 20 % de l’impôt versé au gouvernement du Québec, malgré tous les abris fiscaux dont ils peuvent profiter. Si l’on veut compter sur les riches pour financer les obligations collectives, il n’y a aucune marge de manœuvre pour l’augmenter. Les riches du Québec paient plus d’impôts que n’importe où en Amérique du Nord, plus qu’en Espagne et même qu’en France.

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Pourtant, vous démontrez qu’un régime fiscal frugal n’est pas un gage de succès économique.
En effet, ce n’est pas parce que vous avez des impôts bas que votre pays deviendra nécessairement riche. Les pays scandinaves ont des impôts extrêmement élevés, mais ils sont riches. Si nous faisons le choix d’avoir des impôts élevés, il faut le faire intelligemment, ce qui n’est pas le cas. L’impôt sur le revenu est élevé au point qu’il décourage d’accepter de faire des heures supplémentaires ou une promotion qui donnerait plus de travail, pour un salaire après impôt à peu près pareil. Il empêche l’enrichissement personnel.

Quelles seraient vos trois priorités pour remettre le Québec en marche et le rendre plus prospère?
D’abord, changer le discours. La parole fait partie de la vie politique. Être capable d’énoncer clairement et simplement les problèmes, les solutions et les objectifs pour être bien compris. Ça doit être difficile, parce qu’aucun parti politique n’y parvient!
Ensuite, l’éducation. C’est fondamental. La question à venir ne sera plus comment créer de l’emploi, mais comment créer des travailleurs. Il n’y aura plus de lutte au chômage, mais une lutte à la formation de la main-d’œuvre. Il ne faudra plus sauver des entreprises agonisantes, mais s’assurer que les Québécois ont les outils intellectuels pour naviguer dans le marché de l’emploi du futur et suivre son évolution. Investir dans l’éducation envoie le message que le développement économique n’est pas nécessairement néo-libéral, que croissance économique et justice sociale n'ont pas à être en opposition.
Finalement, ma troisième priorité, c’est pousser la recherche et l’innovation. Même si le Québec se comporte relativement bien en recherche et développement, avec des taux assez élevés, il peut faire encore mieux, afin que cette capacité d’innover se traduise par plus de richesse. Car nous sommes condamnés à innover, de toute façon.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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