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Dossiers chauds
Ce qui a changé

L'équité

Vue par Monique Simard

par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 10 novembre 2005


Monique Simard

Réglée, la question de l’équité entre les sexes sur le marché du travail? Pas encore, répond Monique Simard. L’ancienne syndicaliste et militante féministe reconnaît volontiers que la condition des femmes en emploi n’a jamais été aussi bonne, mais elle refuse de déclarer la bataille terminée pour autant. L’application de la Loi sur l’équité salariale connaît des ratés, les ghettos d’emplois féminins existent toujours et certains stéréotypes ont la vie dure.

Beaucoup de chemin a été parcouru en matière d’équité au cours des dernières années. Mais aux yeux de Monique Simard, la question demeure brûlante d’actualité. Il suffit de se tourner du côté du secteur public, où les conflits liés à l’équité salariale subsistent, pour s’en convaincre. «C’est quand même étonnant que cette question ne soit pas réglée dans le secteur le plus syndiqué, où il y a une majorité de femmes et où on fait cette demande depuis 25 ans!» Elle en sait quelque chose. Bien qu’elle coiffe maintenant le chapeau de productrice de documentaires, Monique Simard porte un bagage de 20 ans de luttes syndicales et féministes. Ses multiples batailles ont permis d’obtenir, entre autres, la professionnalisation du travail d’éducatrice en garderie et les premiers programmes de congés parentaux dans les années 1970.

Et la loi dans tout ça?

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L’adoption de la Loi sur l’équité salariale, il y a près d’une dizaine d’années, a bien sûr constitué une étape majeure dans l’amélioration de la condition des femmes sur le marché du travail. Mais l’ancienne vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) souligne que son application se révèle longue et laborieuse. Entrée en vigueur en 1997, la Loi allouait aux entreprises une première période de quatre ans pour déterminer si elles devaient procéder à des ajustements salariaux, et une deuxième pour effectuer les versements. Cette seconde phase a pris fin le 21 novembre 2005. Mais pour pallier les lacunes et s’assurer qu’aucune travailleuse n’est laissée pour compte, des règlements continuent d’être adoptés. Aussi, en mai dernier, le gouvernement fournissait enfin des modèles pour faciliter la démarche d’équité salariale des quelque 2 000 entreprises qui ne comptent pas d’emplois masculins auxquels comparer les salaires des femmes.

«Malgré la législation et en dépit d’une présence accrue des femmes, le marché du travail est encore très sexué», tempère Monique Simard. Certains milieux, notamment la direction des affaires, les grandes firmes d’avocats et la politique, demeurent difficilement accessibles pour la gent féminine.

Pourquoi la lutte s’étire-t-elle ainsi? C’est qu’afin de comparer de façon équitable les emplois majoritairement féminins à ceux traditionnellement masculins, il faut se défaire de vieux stéréotypes. Ceux qui font qu’on accorde plus de valeur au travail d’un machiniste qu’à celui d’une secrétaire, par exemple. «La question de l’équité salariale est extrêmement radicale parce qu’elle nous fait creuser au cœur des valeurs de notre société. Beaucoup plus que celle des congés parentaux ou de la rémunération égale pour un travail égal, qui à la limite sont des questions de bon sens.»

«La question de l’équité salariale est extrêmement radicale parce qu’elle nous fait creuser au cœur des valeurs de notre société.»

Histoire de famille

Aussi, en plus de la rémunération, l’équité englobe l’accès à l’emploi et les conditions de travail des femmes, avance Monique Simard. Or, elle doute que les travailleuses puissent prétendre à l’équité tant qu’elles tiendront majoritairement le premier rôle à la maison. «Impossible pour les femmes de fournir la même prestation, la même présence, la même énergie, la même concentration au travail que les hommes si elles portent en plus les responsabilités familiales.»

À son avis, l’équité réelle en milieu de travail passe donc par une meilleure conciliation travail-famille et il sera impératif d’implanter des mesures concrètes pour la faciliter dans un avenir rapproché. Cette ancienne membre du Conseil du statut de la femme souhaite aussi voir la revalorisation des emplois dans les services. «Soigner, aider, éduquer : ce sont des occupations primordiales dans la société qui ont une incidence directe sur notre qualité de vie. Elles ont été dénigrées trop longtemps, il faut maintenant leur redonner leurs lettres de noblesse.» Et il se trouve, termine-t-elle, que la majorité de ces emplois sont tenus par des femmes. On n’a donc pas fini de débattre de la valeur de leur travail dans notre société.


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