Vue par Joseph Facal

Joseph Facal
Avec la présence accrue des femmes sur le marché du travail, l’éclatement des structures familiales traditionnelles et la multiplication du travail atypique, harmoniser vie professionnelle et vie familiale est plus complexe que jamais pour les travailleurs québécois. Ça a certainement été le cas pour Joseph Facal, figure importante du Parti québécois qui quittait la vie politique il y a deux ans afin d’être plus présent auprès de ses jeunes enfants.
En février 2003, alors qu’il occupait le poste clé de président du Conseil du trésor au sein du gouvernement péquiste, Joseph Facal en a surpris plusieurs en annonçant qu’il quittait, du moins pour un temps, la politique. Exercer le double rôle d’homme politique et de père de famille était devenu trop ardu. «Premièrement, explique l’ancien député de Fabre, mes enfants étaient à un âge où ils avaient besoin de ma présence soutenue à la maison.» Une présence difficile à assurer avec son horaire bien rempli de ministre à Québec et sa résidence familiale à Laval. «Deuxièmement, mon couple est tout à fait représentatif de la société moderne et ma femme a elle aussi une carrière et des aspirations. On ne peut pas, pendant des années, toujours demander à l’un des deux partenaires d’être le seul à faire des sacrifices.»
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Contrairement à beaucoup de politiciens ou d’hommes d’affaires qui jouent la carte des raisons familiales, Joseph Facal a été pris au sérieux. Ce qu’il explique entre autres par le fait qu’au moment où il s’est retiré, ses enfants étaient tous deux d’âge préscolaire (plutôt qu’adolescents ou adultes, comme ça s’est déjà vu). Il croit par ailleurs que ses motifs n’ont pas été remis en cause parce que les questions de conciliation travail-famille préoccupent plus que jamais la société.
D’où vient cette préoccupation massive pour la conciliation travail-famille? De l’arrivée progressive des femmes aux postes de direction, croit Joseph Facal. «Leur présence est des plus bénéfiques pour le monde du travail. Elles arrivent avec une conception beaucoup plus saine que celle des hommes de ce qu’est un juste équilibre entre les rôles de parent et de travailleur.» En position de pouvoir, les femmes s’assurent de mettre les questions de conciliation travail-famille à l’ordre du jour.
Par contre, le désir de concilier plus facilement travail et famille n’est pas uniquement une «affaire de femmes». Selon lui, la recherche d’une meilleure harmonie entre les obligations professionnelles et les responsabilités familiales est aussi l’apanage des nouvelles générations. «Il est clair que les jeunes ont une conception, à mon sens, beaucoup plus équilibrée, riche et féconde de ce qu’est le bonheur.» Aussi, dans une certaine mesure, une approche plus juste du partage des responsabilités familiales. «Bien que les études montrent que les gars sont, à cet égard, plus forts sur le discours que sur la pratique. Et que les tâches ménagères restent encore majoritairement assumées par les femmes.»
Selon Joseph Facal, il est nécessaire d’établir des mesures pour faciliter la vie des travailleurs qui ont ou qui souhaitent avoir des enfants. «Il faut introduire davantage de souplesse dans les milieux de travail pour les employés qui veulent des horaires flexibles», recommande-t-il. Lors de la campagne électorale de 2003, son parti avait d’ailleurs proposé l’instauration de la semaine de quatre jours (ou une réduction du temps de travail de 20 %) pour les parents ayant un enfant de 12 ans ou moins. Or, le Parti québécois a perdu le pouvoir et la politique en matière de conciliation travail-famille du gouvernement libéral se fait toujours attendre.
D’après l’ancien politicien, il faudra compter sur la pression de la société civile pour faire avancer les choses. «Il y aura des mesures fortes de conciliation travail-famille quand les politiciens sentiront que la population l’exige et qu’ils seront punis politiquement s’ils ne respectent pas leurs engagements.» À son avis, ça ne saurait tarder.
En attendant, celui qui a troqué l’Assemblée nationale contre les classes de HEC Montréal où il enseigne la sociologie profite pleinement de sa nouvelle vie. «J’apprécie en ce moment une qualité de vie exceptionnelle. Je suis chez moi presque tous les soirs et toutes les fins de semaine. Je joue avec mes enfants. Je suis parfaitement heureux.»