Vue par Isabelle Blais-Beisiegel

Trop de travail, trop de pression, trop d’exigences. Depuis quelques années, comme une petite épidémie, la santé psychologique des travailleurs en prend pour son rhume. Ils sont en train de craquer. Selon la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail dans les organisations, chaque semaine, au Canada, un demi-million d’entre eux s’absentent temporairement du travail parce qu’ils sont au bout du rouleau. Au Québec, de 30 à 50 % des absences de longue durée au travail sont liées à des problèmes de santé mentale. Dépression, épuisement, troubles du comportement, anxiété, insomnie…
Pour sa part, Isabelle Blais-Beisiegel a bien failli dire adieu aux verts de golf après qu’une dépression l’eut envoyée au tapis, comme ce sera le cas pour trois millions de Canadiens au cours de leur vie. Cette golfeuse professionnelle de 26 ans originaire de Mont-Saint-Hilaire a plongé alors qu’elle n’avait que 19 ans. Un «burnout du sport», comme elle l’appelle, qui l’a conduite à la boulimie.
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«Pourtant, à l’époque, la vie me souriait comme jamais : je venais de remporter la 36e place à l’Omnium des États-Unis, l’un des tournois de golf les plus prestigieux au monde. On m’entourait d’attention. Moi qui ai toujours joué au golf pour l’argent, la célébrité et l’admiration des autres, j’aurais dû être transportée de joie. Mais au lieu de ça, j’avais un goût amer dans la bouche. Et un vide profond à l’intérieur.»
Isabelle l’avoue : jusqu’à ce qu’elle vacille, sa vie était essentiellement axée sur la performance. Déterminée et farouchement compétitive, elle frappait des balles de golf 8 heures par jour pendant l’été depuis l’âge de 12 ans, en plus de s’exercer le soir et les fins de semaine pendant l’année scolaire. Pas de temps pour les amis. L’important, c’était de réussir dans son sport.
«En fait, je croyais que le golf pourrait nourrir le vide en moi. Mais au fond, je courais après des bonheurs temporaires. Et je confondais ma personne avec la réussite. Autrement dit, en dehors du succès, je n’étais rien. Je ne m’aimais pas et je n’avais pas l’impression d’être aimée pour ce que j’étais vraiment.»
En pleine crise existentielle, l’athlète range ses bâtons de golf derrière son réfrigérateur et part à la recherche des causes profondes de son mal-être. C’est en se convertissant au christianisme qu’elle trouve un apaisement. «J’avais été athée toute ma vie. J’avais un esprit résolument scientifique. Jusqu’à ce que je réalise que le vide que je ressentais était spirituel.»
Après un détour comme stagiaire en commerce dans une compagnie américaine, une expérience qui ne la satisfait pas, Isabelle décide de reprendre la compétition sportive avec, cette fois, une toute nouvelle approche du travail. «J’ai redéfini mes priorités. Maintenant, au sommet, il y a ma vie spirituelle; ensuite, mon mari et ma famille; puis, mon sport. Avant, il y avait moi, mon sport, puis le reste si j’avais encore un moment de libre.»
Résultat : malgré le fait qu’elle travaille toujours aussi fort – son horaire d’entraînement donne le tournis –, elle a établi une saine distance entre elle-même et le golf. Si bien qu’elle garde le moral en ce moment, en dépit de performances et de ressources financières pas aussi bonnes qu’elle le souhaiterait.
«Ce n’est pas la fin du monde si je ne réussis pas, si je dois mettre fin à ma carrière d’athlète. Mon travail, ce n’est plus toute ma vie. J’ai d’autres buts. Cette attitude m’aide à me protéger contre la pression. On vit dans une société tellement compétitive…»
Amorcer une réflexion. Se ressourcer. Retrouver son équilibre. Tous des exercices nécessaires pour se relever d’une dépression ou d’un burnout. «On s’étourdit d’activités et on travaille comme des fous. Plusieurs se fixent un objectif professionnel après l’autre, sans jamais être satisfaits, parce qu’ils ne se sont jamais vraiment questionnés sur le sens de leur vie. C’est très dangereux. Il faut avoir le courage d’arrêter sa course pour s’examiner sérieusement et trouver ce qui nous rend heureux. Autrement, c’est le vide.»
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