Vastes connaissances ou formation spécialisée collée aux besoins des entreprises? Deux professionnelles de l’orientation et de la gestion de carrière donnent leur avis.

Le monde du travail a grand besoin de spécialistes, mais ce sont désormais les généralistes avec une culture globale, une approche consciente des besoins du monde du travail et une formation continue qui ont le plus d’avenir, affirme Julie Ouellette, conseillère d’orientation au Centre de recherche d’emploi Hochelaga-Maisonneuve. Le marché du travail change si vite que l’on a tout intérêt à rester à l’affût et à se perfectionner.»
«L’avenir ne dépend pas que de l’éducation», relativise Donna Reid, psychologue industrielle chez André Filion & Associés, cabinet-conseil en psychologie industrielle et gestion de carrière. «Il y a aussi des choses que l’on n’étudie pas : les compétences personnelles de base comme la curiosité, l’ouverture d’esprit et, bien sûr, la flexibilité et la disposition au changement. Les gens qui ont ces qualités, quelle que soit leur formation, s’en sortent mieux. Mais il est vrai que les personnes qui ont une formation très spécialisée ont moins de mal à trouver un premier poste», reconnaît-elle.
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«Il y a de moins en moins de liens entre les besoins des individus et le travail, souligne Julie Ouellette. Et je ne parle pas que de la conciliation travail-famille. On demande beaucoup des employés : heures de travail, engagement envers l’entreprise, stress, performance… Les salaires sont attrayants, mais à quel prix? Nous voyons arriver ici des jeunes de 30, 35 ans en burnout.»
Sur un marché du travail exigeant et concurrentiel, les spécialistes seraient-ils mieux lotis que les généralistes? Pas si sûr. «J’observe que les techniciens sont très heureux dans certains domaines où la demande est forte, note Julie Ouellette. Ils ont le choix entre plusieurs employeurs. Mais quand il y a pénurie d’emplois, ils sont obligés d’accepter des choses qui ne font pas nécessairement leur affaire. Les généralistes, eux, parviennent à se créer du travail et à s’adapter, à aller chercher des expériences.» Donna Reid croit aussi aux vertus de la polyvalence. «J’aime beaucoup l’idée d’un bac général en histoire, science politique ou langue avec, en plus, des mathématiques pour se garder toutes les portes ouvertes.»
Reste qu’il faut se connaître pour choisir la bonne orientation professionnelle. Également psychologue en milieu scolaire, Donna Reid connaît bien cet aspect de la question. «Certains jeunes sont assez mûrs pour faire ce choix, mais d’autres n’ont pas assez d’expérience de vie pour prendre cette décision.»
«Réfléchir à une orientation dès le secondaire, c’est très tôt, estime aussi Julie Ouellette. Il faudrait plutôt aider les jeunes à réfléchir sur ce qui est important pour eux et à faire un projet de vie plutôt qu’un projet seulement professionnel.»
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