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Brûlés (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 7 août 2006


Vérités et conséquences

Faut-il révéler à un employeur potentiel qu’on a déjà fait un burnout ou une dépression? Dilemme cornélien! Chose certaine, vaut mieux bien choisir ses mots quand on décide de dire la vérité.

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Un voyage en Afrique pendant un an, une histoire familiale à régler, une année sabbatique pour se ressourcer; autant de prétextes qu’on peut servir à un employeur potentiel pour camoufler son absence du marché du travail pour cause de burnout. Quand on sait que la vérité peut anéantir ses chances d’obtenir l’emploi, la tentation est forte de se la boucler.

«C’est une situation délicate, convient Nathalie Houlfort, psychologue et professeure-chercheure à l’École nationale d’administration publique. Dire qu’on a été absent du marché du travail pendant un an en raison d’un burnout peut éveiller des craintes chez l’employeur. D’un autre côté, est-ce une bonne chose de mentir?»

Au cours des entrevues de sélection de personnel qu’elle a menées, l’universitaire a constaté que les travailleurs qui admettaient avoir déjà souffert d’un problème de santé mentale connaissaient mieux leurs forces et leurs limites, ce qui est très positif en milieu de travail. «Mais pour le comprendre, il faut un employeur ouvert d’esprit, ce qui n’est pas toujours le cas.»

Les travailleurs n’ont pas à répondre à des questions concernant leur santé en entrevue d’embauche, rappelle Richard Sylvestre, agent d’information à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. «Autrement, c’est de la discrimination fondée sur le handicap.»

Avec un grand V
Malgré tout, le directeur de la Fondation travail et santé mentale, Claude Charbonneau, encourage les gens à adopter la stratégie avec laquelle ils sont vraiment à l’aise. Pour Jennifer, qui s’apprête à réintégrer le marché du travail après un congé de maladie de neuf mois, ce sera sans contredit la vérité avec un grand V! «J’ai trop peur que mes nouveaux patrons apprennent par l’entremise de quelqu’un d’autre que j’ai fait une dépression. Aussi bien être honnête. Sinon, ça va me stresser.»

«Certaines personnes détestent cacher des aspects de leur vie, explique la psychologue Louise Fréchette. Ce n’est pas mauvais, pour autant qu’ils ne présentent pas leur burnout comme étant l’événement le plus honteux de leur existence. Il faut expliquer les circonstances et préciser que ça a été pour soi l’occasion de faire des changements heureux dans sa vie. En somme, dire qu’on est mieux équipé que jamais pour faire face aux enjeux professionnels. Ça les rassurera. Mais si l’employeur n’aborde pas la question en entrevue, pourquoi faire un détour pour le dire?»

Un choix personnel
Marie-Louise, gestionnaire dans une société financière, a déjà embauché des travailleurs qui avaient souffert de problèmes de santé mentale. Elle prône le dialogue. «À mes yeux, les conséquences de l’omission sont pires que celles de la vérité. Tout finit toujours par se savoir. Je suis d’avis que de jouer franc jeu est la base d’une relation durable et honnête entre patron et employé. De plus, sachant les causes qui ont conduit l’employé à faire un burnout, un gestionnaire pourra mieux orienter sa gestion en s’assurant, par exemple, que la personne a une charge de travail équilibrée.»

Une philosophie à laquelle Paule n’adhère pas du tout. Cette réalisatrice n’en a soufflé mot à personne lorsqu’elle a fait un burnout. Elle a même préféré démissionner pour ne pas avoir à rendre des comptes à son patron, vivant grâce à ses REÉR jusqu’à ce qu’elle soit rétablie. Elle a maintenant réintégré ses fonctions.

«J’estime que cet épisode de ma vie ne regarde ni mes supérieurs ni mes collègues, dit-elle. J’avais besoin de me ressourcer, je suis partie, point à la ligne. Je travaille dans un milieu hyper stressant et je n’ai pas envie qu’on dise à mon sujet que je n’ai pas les nerfs pour faire mon travail parce que j’ai déjà fait un burnout. Ce genre de ragot peut être très dommageable.»

Quoi qu’il en soit, si une personne est mal à l’aise de mentir au sujet de son épuisement professionnel, mais qu’elle doute de sa capacité à se vendre à un employeur, elle peut toujours faire appel à une agence de placement. Les conseillers ont l’habitude de faire le marketing de leurs clients et sauront probablement faire ressortir les éléments positifs de cet épisode devant les gestionnaires. Mais ce sera tout de même au travailleur de vendre sa salade une fois l’entretien d’embauche obtenu.

Quant à la personne qui réintègre son ancien milieu de travail après un congé de maladie, Nathalie Houlfort suggère de jouer la carte de la transparence, sans hésiter. Avant son départ, la personne qui souffre a pu se montrer irritable et peu productive, une attitude qui s’est peut-être soldée par quelques pots cassés. «Ne vous enfermez pas dans votre bureau, comme si vous étiez honteux, prévient-elle. Expliquez à vos collègues la raison de votre absence. Sans verser dans les détails personnels, dites que vous étiez anxieux et qu’il vous fallait du temps pour gérer ça. Il est important aussi de mentionner que vous allez mieux et que vous êtes prêt à reprendre le collier.»
(M.-H. P.)


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