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Dossiers chauds

Survivre avec des miettes (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 2 février 2005

Question de bonheur

La plupart des employés consultés par le Magazine Jobboom aiment ce qu’ils font. Et, même quand leur travail ne les inspire pas, tous se sentent fort utiles à la société. «C’est noble de nourrir les gens, dit simplement Hamid, un homme de 41 ans qui trime pour 10 $ l’heure comme cuisinier à la foire alimentaire d’un centre commercial. J’aime quand les clients sont heureux, quand je vois que je leur fais plaisir.»

De son côté, l’infographe Sabine Lemouzy reçoit 9 $ l’heure pour réaliser des publicités imprimées pour une filiale de la maison d’édition Hachette. «J’aime cela parce que c’est un travail créatif et que personne ne me dit quoi faire toutes les minutes. Et puis,c’est un boulot important : il donne aux gens le goût de lire», raconte cette fille rieuse de 26 ans qui aimerait bien gagner plus de sous pour aller visiter sa famille en France.

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Les conditions de travail des petits salariés ne seraient pas trop mauvaises non plus. Certes, tous ne vivent pas le parfait bonheur. Mais la situation serait beaucoup moins sombre que celle décrite par Barbara Ehrenreich dans le livre L’Amérique pauvre : comment ne pas survivre en travaillant (Grasset, 2004). Dans cette longue enquête, la journaliste américaine a occupé incognito les boulots de vendeuse, de serveuse, de femme de ménage et d’aide-soignante. Elle a notamment découvert que certains employeurs exigeaient un test de dépistage de drogue avant l’embauche ou que certaines de ses collègues devaient aller au travail même si elles étaient malades ou blessées.

On serait loin de cela au Québec. Ici, d’abord, les gens démunis reçoivent plus d’aides gouvernementales qu’aux États-Unis. En outre, l’organisme Au bas de l’échelle, qui défend les droits des travailleurs non syndiqués, n’a pas eu vent d’entreprises québécoises exigeant des tests de dépistage de drogue à leurs petits salariés. D’ailleurs, la loi les interdit, sauf exception. Enfin, les employés qu’a rencontrés le Magazine Jobboom se sentent généralement respectés par leurs patrons et peuvent facilement manquer une journée ou un après-midi de temps à autre. «Ça ne pose pas de problème, particulièrement si on avertit à l’avance, dit Patrick Levert. On travaille moins ce jour-là et plus le lendemain.»

«Au Québec, les mauvaises conditions de travail sont moins liées au salaire qu’au secteur économique ou à la non-syndicalisation», résume Dominique Savoie, directrice du service de recherche de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ).

Des faire-valoir?

N’empêche, ils ont beau aimer leur emploi, ces travailleurs voudraient bien gagner un peu plus. Dans les magasins du Québec, par exemple, 44 % des vendeurs trouvent que la partie la moins satisfaisante du boulot est la paie, montre un sondage mené par le Comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de détail publié dans La main-d'œuvre et le commerce de détail au Québec, Rapport 2004. Le maigre salaire est l’élément le plus souvent cité au chapitre des irritants, bien avant les horaires ou les relations avec la clientèle.

«Le salaire minimum devrait refléter ce que la société estime qu’une personne qui travaille à temps plein doit gagner pour vivre décemment.»
- Vivian Labrie,
Collectif pour un Québec sans pauvreté

Mais qu’est-ce qu’un bas salaire? Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il s’agit d’une rémunération pour un travail à temps plein qui n’atteint pas les deux tiers du salaire médian. En 2003, au Québec, le salaire horaire médian était de 15,45 $ l’heure. En clair, il faudrait payer tout le monde au moins 10,30 $ l’heure pour se débarrasser des présumés petits salaires.

Le labeur de vendeuse, de plongeur ou de femme de ménage vaut-il 10,30 $ l’heure? «Le travail des vendeurs est inestimable parce qu’ils traitent avec la clientèle», lance le président-directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Gaston Lafleur. Mais, ajoute-t-il aussitôt, les taux horaires sont déterminés par le marché : certains métiers sont mieux payés que d’autres parce qu’ils sont plus valorisés ou en raison d’un manque de main-d’œuvre. Bref, il est normal que certains vendeurs gagnent moins de 10 $ l’heure, selon lui.

Pour Esther Paquet, porte-parole d’Au bas de l’échelle, le salaire minimum «devrait au moins permettre aux travailleurs à temps plein d’atteindre le seuil de faible revenu de Statistique Canada». Or, en 2003, les personnes qui trimaient 35 heures par semaine au salaire minimum et vivaient en ville obtenaient 67 % de ce seuil, fixé à 19 795 $ (voir encadré «Qui est pauvre?»). De leur côté, le parti politique l’Union des forces progressistes, la coalition pancanadienne Campagne 2000 et le Conseil national du bien-être social, un organisme fédéral, recommandent tous un salaire minimum à 10 $ l’heure, soit la rémunération qu’espèrent la plupart des salariés rencontrés par le Magazine Jobboom.


Pour eux, le luxe c’est…

Patrick Levert, vendeur, magasin Un seul prix plus : «Aller au restaurant, faire des économies, voyager, gâter mes enfants.»

Jean-Sébastien Robert, serveur, Van Houtte : «Faire une épicerie de 50 $, un ordinateur, de l’équipement photo.»

Isabelle, caissière, Armée du Salut : «Acheter quelque chose sans m’arrêter au prix, un beau morceau de linge.»

Hamid, cuisinier dans une foire alimentaire : «Un grand voilier de 100 000 $.»


guide de survie


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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