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Dossiers chauds

Survivre avec des miettes (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 2 février 2005

Mais, d’un autre côté, ajoute Benoît Dostie, une hausse du salaire minimum accroîtra nécessairement le chômage. Claudine Croteau croit que ce serait du moins le cas à l’Armée du Salut. «Je vais être honnête avec vous : s’il monte à 10 $ l’heure, nous ne pourrons pas l’encaisser et nous serons obligés de faire des mises à pied.»

Cette sensibilité des entreprises de services au taux du salaire minimum serait attribuable au fait que les coûts de main-d’œuvre y représentent une plus grande proportion des frais que dans d’autres secteurs économiques. Selon Statistique Canada, au Québec, la rémunération compte pour 80 % des coûts dans l’hébergement et la restauration et 75 % dans le commerce de détail, contre 59 % dans l’ensemble des industries.

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Toutefois, ce ne sont pas tous les spécialistes qui, lorsqu’ils se penchent sur la question, constatent un taux de chômage accru à la suite d’une hausse du salaire minimum. «Le débat porte plutôt sur l’ampleur de la perte d’emploi : elle serait moins importante qu’on le croyait, dit Benoît Dostie. En outre, ces pertes n’arrivent pas tout de suite : au lendemain d’une hausse, les restaurateurs auront besoin d’autant d’employés parce qu’ils auront autant de frites à faire. Mais, à plus long terme, pour réduire leurs coûts de main-d’œuvre, ils investiront peut-être dans une friteuse automatique.»

Mais n’est-ce pas censé être bénéfique pour l’économie si les entreprises modernisent leurs équipements en achetant, par exemple, une friteuse automatique? «Les innovations technologiques et la productivité accrue qu’elles entraînent créent de la croissance économique et donc, à long terme, plus d’emplois», analyse Stéphane Renaud. Selon lui, un salaire minimum plus généreux donne un coup de fouet à l’économie, et le chômage qu’il engendre est temporaire. À court terme, toutefois, «il faut prendre en compte la capacité de payer des employeurs et, au bout du compte, celle du consommateur», estime François Meunier, de l’Association des restaurateurs. «Si on ne met personne à pied, une hausse du salaire minimum se répercutera sur le prix des produits… et personne ne veut payer son club sandwich 50 $!» Il y aurait donc un équilibre à atteindre : un taux horaire minimum qui n’entraîne pas de chômage, mais qui permet aux salariés d’avoir un revenu décent.

Quand l’État s’en mêle

Selon plusieurs experts consultés, cet idéal passe par des programmes de soutien du revenu comme les allocations familiales ou le remboursement de la TPS. Justement, le gouvernement du Québec a instauré en janvier 2005 la Prime au travail : une aide financière pour les travailleurs à temps plein ou à temps partiel qui ont du mal à joindre les deux bouts. Quelque 200 000 familles à faible et moyen revenu bénéficieront de ce crédit d’impôt remboursable, incluant les personnes seules qui ont gagné entre 2 400 $ et 14 810 $ ou les couples avec au moins un enfant dont les chèques de paie n’ont pas dépassé 42 800 $. Pour les aider à remplir leur frigo ou à chauffer leur appartement, ces petits salariés recevront annuellement de Revenu Québec de 28 $ à 2 780 $, en fonction de leurs revenus et de leur situation familiale.

Benoît Dostie applaudit la mesure. «C’est à l’ensemble des contribuables d’aider les travailleurs pauvres, et non seulement aux employeurs», dit-il. Pour Vivian Labrie, au contraire, la Prime au travail n’est rien de moins qu’une subvention déguisée qui permet aux entreprises de continuer à sous-payer leurs employés. «Cette mesure déresponsabilise les compagnies, qui ont un rôle à jouer pour combattre la pauvreté, et cela nuit aux finances publiques.»

Une étude du UC Berkeley Labor Center, un institut de recherche sur le travail rattaché à l’Université de Californie, lui donne raison. Celle-ci montre qu’en Californie, offrir un salaire minimum de 8 $ l’heure aux travailleurs – plutôt que les 6,75 $ en vigueur dans cet État – réduirait de 2,7 milliards les aides allouées par le gouvernement pour les soins de santé ou la garde des enfants. En d’autres mots, les contribuables paient ces milliards parce que les entreprises ne le font pas.

«Que ce soit le consommateur qui achète son produit plus cher parce qu’on a augmenté le salaire minimum ou le contribuable qui paie la Prime au travail avec ses taxes, l’argent sort toujours de la même poche», constate Benoît Dostie.

La nôtre.


Qui est pauvre?

Le Canada n’a pas de seuil officiel de pauvreté. Mais il y a malgré tout au moins trois seuils «inofficiels» dont se servent notamment les groupes de pression pour mesurer la misère au pays.

Seuil de faible revenu (SFR) [Statistique Canada]. Le SFR établit les niveaux de revenu à partir desquels une famille consacre une partie considérable de son budget aux premières nécessités : nourriture, logement et vêtements. Ainsi, Statistique Canada estime qu’une famille vit sous le seuil de faible revenu lorsqu’elle consacre 20 % de plus qu’un ménage canadien moyen à ces dépenses. Ce seuil prend en compte la taille du ménage et la communauté.

En 2003, le SFR avant impôts pour une personne seule était de 13 680 $ en région rurale et de 19 795 $ dans une ville de plus de 500 000 habitants. Pour une famille de quatre, ces montants étaient respectivement de 25 744 $ et de 37 253 $.

Mesure du panier de consommation (MPC) [Ressources humaines et développement des compétences Canada]. La MPC calcule le minimum nécessaire à une famille de quatre pour se nourrir, se vêtir, se loger, se déplacer et payer quelques autres dépenses (téléphone, fournitures scolaires, etc.), en fonction de la ville de résidence. Selon les chiffres disponibles les plus récents, au Québec, en 2000, la MPC allait de 21 182 $ à 23 260 $.

Mesurer la pauvreté au Canada [par Christopher Sarlo, du Fraser Institute]. En 2001, un professeur d’économie a calculé les taux de pauvreté pour le Fraser Institute, un groupe de réflexion (très) «conservateur». En incluant notamment le coût du logement, de la nourriture, du transport public, du téléphone et des habits, il conclut qu’en 2000 une personne seule au Québec pouvait être considérée comme étant pauvre si elle avait moins de 7 870 $ dans ses poches. C’était aussi le cas d’un ménage de deux personnes gagnant moins de 12 350 $ et d’une famille de quatre vivant avec moins de 17 436 $.


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Québec

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