Dossiers chauds

Le savoir gaspillé (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 9 octobre 2004

Cette plaie, Nicolas, 32 ans, qui termine actuellement un doctorat en physique à l’Université Laval, la connaît trop bien. Spécialisé en optique, l’étudiant avait entamé son troisième cycle lorsqu’il a été embauché comme chercheur dans une compagnie de télécommunication. «En 1999, le marché était complètement fou! On nous offrait des conditions hyperalléchantes. Mais, en 2003, l’entreprise a fait des coupes massives, et j’ai chômé pendant un an. Je suis parvenu à me trouver un emploi en janvier 2004, mais comme lab manager à l’Université McGill. En gros, je m’assure que les règles de sécurité et de propreté sont respectées dans le laboratoire. C’est, à peu de chose près, l’équivalent d’un travail de technicien.»

Selon les calculs de l’équipe de Normand Roy, au Québec, le nombre d’emplois exigeant des études universitaires a grimpé de 20 % entre 1990 et 2001, tandis que le nombre d’employés possédant un diplôme universitaire a augmenté de 64 %. Tout un décalage.

Même situation pour Hocid Amir, titulaire d’une maîtrise en génie électrique de l’École Centrale de Paris. Employé à titre d’ingénieur de tests par Matrox, à Dorval, il a été licencié en octobre 2002, comme 500 autres de ses collègues. «Le marché est si saturé et concurrentiel que je n’ai pas encore réussi à me trouver un emploi dans mon domaine. Aujourd’hui, je travaille dans un dépanneur et je m’occupe du contrôle de la qualité dans une usine de pièces de plastique, à 10 $ l’heure. Rien de très excitant, quoi.»

Des talents mal employés

Nicolas et Hocid sont victimes d’un phénomène répandu chez les THQ : la surqualification. En d’autres termes, ils occupent une fonction qui exige normalement un niveau de compétences inférieur à ce qu’ils ont acquis.

«Encore une fois, c’est un problème d’inadéquation entre l’offre et la demande, explique l’économiste Normand Roy. Il y a beaucoup plus de THQ que d’emplois requérant un degré élevé de scolarité. Pour gagner leur vie, les “maîtres, et les docteurs” surtout, sont donc forcés de se rabattre sur des postes exigeant un niveau de compétences inférieur au leur, prenant la place des employés moins qualifiés. Pour ces derniers d’ailleurs, la situation ne cesse de se détériorer.»

Selon les calculs de l’équipe de Normand Roy, au Québec, le nombre d’emplois exigeant des études universitaires a grimpé de 20 % entre 1990 et 2001, tandis que le nombre d’employés possédant un diplôme universitaire a augmenté de 64 %. Tout un décalage. C’est donc un diplômé universitaire sur trois qui occuperait un emploi en deçà de ses compétences. Chez les titulaires de maîtrise, la situation est pire encore : la moitié d’entre eux occuperaient un poste pour lequel ils sont surqualifiés.

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Le reste du Canada et bon nombre de pays industrialisés ne sont pas épargnés par la surqualification, rapporte le Conseil de la science et de la technologie. Au pays, le nombre d’emplois exigeant des études universitaires a progressé de 40 % entre 1971 et 1991, mais le nombre de diplômés sur le marché du travail a augmenté de 140 %. Des constats similaires ont été faits aux États-Unis et en Europe. En règle générale, la surqualification touche surtout les jeunes travailleurs. L’économiste Claude Montmarquette, du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), évalue leur âge moyen à 35 ans.

Histoire de mettre enfin le pied dans la porte d’une entreprise, bon nombre de jeunes frais émoulus de l’université acceptent, pour une période qu’ils espèrent temporaire, un poste qui n’est pas conforme à leurs compétences. En attendant de trouver mieux ou pour acquérir des compétences complémentaires à leur formation.

«J’ai accepté le contrat au laboratoire de McGill pour des raisons en partie stratégiques», explique Nicolas, qui aimerait poursuivre une carrière de chercheur en physique de l’optique. «Comme j’ai la chance de côtoyer des scientifiques là-bas, de temps en temps, je m’informe de leurs projets de recherche. Je me fais des contacts. Qui sait, ça pourrait porter fruit.»

Mais il arrive aussi que des employeurs recrutent sciemment des individus surqualifiés pour minimiser les dépenses en formation, selon les observations de Claude Montmarquette.


Hocid Amir, début de la quarantaine, père de famille, a un baccalauréat et une maîtrise en ingénierie électronique. Il a fait son deuxième cycle à l’École Centrale de Paris. Depuis qu’il a perdu son poste d’ingénieur chez Matrox, en 2002, il cumule deux petits boulots dans un dépanneur et dans une usine de pièces de plastique.

Il cherche intensivement du travail dans son domaine. «La résolution de problèmes me manque beaucoup. En ce moment, je ne fais rien d’intelligent! Certes, c’est mieux que de chômer. Mais j’ai le sentiment de ne pas me réaliser pleinement et, par le fait même, de servir moins bien la société.»


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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