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Certes, les établissements d’enseignement ont intérêt à écouter davantage les employeurs et à faire preuve de souplesse, remarque l’économiste Marcel Boyer, dans une étude publiée en 2001, par le CIRANO. On reproche souvent aux universités d’être lentes et empêtrées dans la lourdeur bureaucratique lorsqu’il s’agit d’ajuster le contenu de leurs programmes. Mais les entreprises ont aussi une responsabilité sociale.
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Comme la modification d’un programme universitaire n’est pas une mince tâche, les industries ont le devoir d’envoyer des signaux crédibles aux universités quant à leurs exigences. Selon les observations de l’économiste, certains employeurs ont tendance à surestimer leurs besoins dans le but de créer une offre telle qu’ils peuvent alors négocier les salaires à la baisse. Pour éviter ce piège, on recommande donc aux industries de financer en partie leurs suggestions de modifications aux programmes universitaires et de s’engager à recruter des sortants.
Hélène Tremblay insiste quant à elle sur l’importance de la participation gouvernementale pour faciliter l’insertion professionnelle des étudiants. «Emploi-Québec et le ministère de l’Éducation doivent élargir et faciliter l’accès aux statistiques sur le marché de l’emploi, les perspectives et l’éducation. On doit aussi produire ces données sur une base plus régulière, histoire de mieux servir les employeurs et les jeunes.»
Bâtir de meilleurs programmes de formation à l’université, stimuler la demande dans les industries, s’assurer que le capital humain se trouve au bon moment au bon endroit, d’accord. Mais Claude Demers estime que c’est aussi à l’individu de faire son chemin. Et il ne mâche pas ses mots. «La société ne nous doit rien. Quand on a reçu beaucoup, qu’on a eu la chance de naître avec de bonnes capacités intellectuelles dans un système qui nous permet l’accès à l’éducation, on doit redonner beaucoup. Les jeunes ont tout intérêt à adopter une attitude proactive sur le marché du travail. Proposer, innover, contribuer. Autrement, personne ne viendra les chercher dans leur salon. Les entreprises ne sont pas une garderie pour adultes.»
Louis Maheu est d’accord : «Il n’y a pas que les employeurs qui créent la demande. Les étudiants au doctorat, qui sont formés pour découvrir et innover, peuvent générer la demande en fondant leurs propres entreprises ou bureaux de consultants, par exemple. Ils sont eux-mêmes des vecteurs de changement.»
Patrick Bélisle, 34 ans, est titulaire d’un doctorat en primatologie, une sous-discipline de l’anthropologie. Il se passionne depuis des années pour le comportement des macaques japonais. Dès le début de ses études, il avait été bien averti que les employeurs n’allaient pas courir après lui : son directeur de thèse est le seul au Québec à gagner sa vie dans son domaine. Mais Patrick a suivi son cœur… Et, en attendant de trouver mieux, il travaille comme opérateur de lave-vaisselle à l’Hôpital Notre-Dame. «Je ne ressens pas d’amertume par rapport à ma situation, car je savais à quoi m’attendre. N’empêche que, deux ans après l’obtention de mon diplôme, je suis déçu de n’avoir pas encore réussi à décrocher un poste d’enseignant en anthropologie au cégep. J’ai postulé partout au Québec, sans succès.»
Nicolas, 32 ans, est titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en physique. Il termine un doctorat en physique de l’optique guidée non linéaire. Il a perdu son emploi de chercheur à la suite de la descente aux enfers de l’industrie des technologies de l’information et des communications. Après avoir chômé pendant un an, il travaille aujourd’hui dans un laboratoire, où il veille au respect des normes de sécurité. Rien de comparable avec son ancien boulot en ce qui a trait au défi intellectuel. Il ressent parfois de l’amertume relativement au marché du travail. «J’ai l’impression que, dans certains cas, mes diplômes me nuisent. Les employeurs ont des préjugés par rapport à ma capacité d’appliquer de façon concrète mes connaissances et ne prennent même pas le temps de me recevoir en entrevue. C’est très frustrant.»