Dossiers chauds
Nicole Boily, présidente sortante du Conseil de la famille et de l’enfance, et la conciliation famille-travail

La famille souffre

C’est cette année que le gouvernement du Québec doit élaborer sa politique de conciliation famille-travail. Mais pour Nicole Boily, qui fut présidente du Conseil de la famille et de l’enfance de 1998 à la fin de 2003, c’est l’ensemble de la politique familiale du Québec qui cloche.

par Éric Grenier
Photo : Éric Barbeau


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 2 février 2004


Les difficultés des parents à conjuguer carrière et famille ne sont qu’une facette du problème. À vouloir s’occuper seulement de cet aspect, le gouvernement ferait fausse route.

Après cinq ans consacrés à l’examen des embûches auxquelles font face les familles québécoises, Nicole Boily lance un appel pour l’ébauche d’une politique globale de la famille qui toucherait le travail, mais aussi la fiscalité, le transport en commun, l’accès au logement, les garderies, les loisirs, etc.

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Le ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, déposera cette année une politique de conciliation famille-travail. Quels principes devraient le guider dans l’élaboration de cette politique?
Ce n’est pas une politique pour la conciliation famille-travail qu’il nous faut, mais une politique globale de la famille. La conciliation famille-travail n’est qu’une des nombreuses difficultés auxquelles sont confrontées les jeunes familles d’aujourd’hui. Il y a la difficulté à se loger, l’accès à des loisirs abordables, les listes d’attente en garderie, les transports, etc.

Prenez le cas de la fiscalité : en ce moment, la fiscalité québécoise ne tient pas compte du fait que les parents doivent assumer des coûts pour élever des enfants. Notre système fiscal n’avantage pas suffisamment les contribuables qui ont des enfants. Le gouvernement doit repenser son aide directe aux familles, comme les allocations familiales, mais aussi les crédits d’impôt pour enfants à charge et les taux d’imposition des ménages avec enfants. Le résultat d’une telle révision devra laisser plus d’argent dans les poches des familles. On doit tenir compte qu’il y a des coûts associés à la présence d’enfants dans un ménage, mais que c’est la société dans son ensemble qui en profite. C’est donc une responsabilité collective.

On doit rapidement mettre sur pied des mesures qui permettront aux parents d’enfants en bas âge de concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles, sans être pris à la gorge par le manque de temps et d’argent.

Quel devrait être l’objectif visé par une telle politique de la famille : augmenter la natalité ou satisfaire les besoins exprimés par les familles québécoises?
L’objectif du gouvernement devrait être de répondre aux besoins des familles. La natalité suivra. L’institution de la famille n’est pas en crise. Tous les sondages le confirment : les jeunes couples d’aujourd’hui veulent des enfants. Mais l’environnement dans lequel ces jeunes couples évoluent ne leur est pas favorable. Une simple politique nataliste, comme les «bébés bonus» (un montant d’argent versé pour le troisième enfant), ne résoudrait rien à long terme. Ça donne un coup au début, puis les effets s’estompent.

À votre avis, de quoi les familles québécoises ont-elles le plus besoin : de temps ou d’argent? Les deux! Le temps devrait être au cœur du volet conciliation famille-travail de la politique familiale. Les travailleurs qui sont parents d’enfants en bas âge souhaitent avoir des temps d’arrêt dans leur carrière pour s’occuper de leurs petits. Ils ont aussi besoin d’argent. Dans bien des familles, les deux parents doivent travailler, que ce soit par souci financier ou par besoin de réalisation personnelle. Quelles que soient les raisons, c’est tout à fait légitime de leur part. On doit donc rapidement mettre sur pied des mesures qui leur permettront de concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles, sans être pris à la gorge par le manque de temps et d’argent, ou carrément vivre au bord de l’épuisement professionnel en permanence.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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