Dossiers chauds

La famille souffre (suite)



Fiscalité, conciliation famille-travail, logement, transport, services publics : votre programme est vaste! Par où le gouvernement devrait-il commencer?
Une fois la politique familiale globale établie, le gouvernement devrait mettre en œuvre en priorité tout ce qui touche la conciliation famille-travail. C’est la première étape. Ensuite viendront les autres : fiscalité, logement, transport, etc. Mais au sujet de la conciliation famille-travail, il est impératif que le gouvernement du Québec s’entende avec le gouvernement fédéral quant au congé parental. Il y a quelques années, le gouvernement du Parti québécois a projeté un régime de congé parental plus généreux, plus flexible et plus accessible — notamment pour les travailleurs autonomes — que l’actuel régime. Tous les partis de l’Assemblée nationale ont appuyé ce projet. Le hic, c’est qu’il doit être en partie financé par la caisse d’assurance-emploi, sous compétence fédérale. Les deux parties ne s’entendent pas sur le montant que le gouvernement fédéral devrait verser au nouveau régime québécois de congé parental. Or, un tel programme est incontournable pour une bonne politique de conciliation famille-travail. Il améliorerait grandement le sort des familles québécoises.

Mais on ne devrait pas s’arrêter là. Ce projet gagnerait à être travaillé encore, notamment pour le rendre plus flexible. Je souhaite qu’il permette aux familles de répartir dans le temps l’année de congé à 90 % du salaire à laquelle elles auraient droit. Cette année de congé parental dont les travailleurs bénéficieraient pourrait être prise quand les parents le veulent, jusqu’à ce que l’enfant ait atteint l’âge de trois ans; par exemple, quelques mois lors de la première année, quelques autres l’année suivante, ou encore, ils pourraient décider de travailler à temps partiel, etc. Cela permettrait aux parents de ne pas s’absenter de leur emploi pendant une trop longue période. Il y a des inconvénients sérieux à s’absenter longtemps du marché du travail. Cela demande du recyclage dans ses compétences, la réintégration est souvent difficile, les promotions passent. Cela encouragerait aussi les pères à prendre davantage le congé parental — actuellement, ce sont surtout les femmes qui en bénéficient — et permettrait ainsi un meilleur partage des responsabilités familiales.

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Devrait-il y avoir aussi une loi qui obligerait les entreprises à adopter des mesures de conciliation famille-travail pour leurs employés?
Je ne crois pas à une loi qui imposerait une ou quelques mesures seulement. Ce serait inefficace, comme l’a clairement démontré l’étude du Conseil de la famille et de l’enfance rendue publique l’automne dernier (NDLR : l’étude, intitulée Famille-travail — Comment conciliez-vous?, portait sur les façons dont les employeurs s’y prennent pour répondre aux besoins de conciliation de leurs employés). Chaque milieu de travail a ses propres exigences et ses propres contraintes. Il y a de telles disparités de taille, d’organisation du travail et de secteur économique entre les entreprises au Québec qu’une loi de ce genre pourrait finalement ne convenir à personne. La gamme des mesures de conciliation est telle qu’une loi ne pourrait toutes les contenir. Même les besoins des travailleurs sont très différents : dans une entreprise où la majorité des employés ont plus de 45 ans, les besoins de conciliation sont complètement différents de ceux d’une entreprise qui emploie surtout des jeunes. Une politique unique, comme la semaine de quatre jours pour tous ceux qui le désirent, m’apparaît donc inapplicable. D’autant plus qu’un grand nombre de mesures de conciliation sont informelles, c’est-à-dire qu’elles sont le fruit d’ententes verbales entre un employé et son superviseur, pour répondre à un besoin particulier.

Tous les sondages le confirment : les jeunes couples d’aujourd’hui veulent des enfants. Mais l’environnement dans lequel ces jeunes couples évoluent ne leur est pas favorable.

Quels exemples de mesures formelles ou informelles avez-vous découverts lors de votre étude?
Dans cette recherche, nous avons examiné comment six entreprises de taille moyenne géraient au quotidien les problèmes de conciliation famille-travail de leurs employés. Le plus souvent, les employés demandaient avant tout des horaires de travail plus flexibles, leur permettant de prendre congé pour s’occuper de leurs enfants ou d’un autre membre de la famille immédiate. Cela va de la semaine de travail comprimée (une semaine de quatre jours comptant le même nombre d’heures qu’une semaine de cinq jours) à la possibilité d’accumuler des heures supplémentaires pour prendre congé plus tard. Mais il y a aussi une panoplie de formes d’aide aux parents travailleurs. Une des entreprises subventionnait le service de garde du village. Une autre offrait un congé sans solde de trois mois après chaque période de cinq ans de travail, cumulable jusqu’à concurrence d’un an. Une autre a installé une ligne sans frais pour permettre aux familles des employés de joindre ces derniers en tout temps ou à ceux-ci de prévenir s’ils ne sont pas en mesure de rentrer au travail, où qu’ils soient. La plupart des entreprises bonifiaient les congés de maternité minimums prévus par la loi. Autant d’exemples tirés d’un échantillon de seulement six entreprises!

Quel devrait alors être le rôle de l’État en ce qui concerne la conciliation du travail et de la famille auprès des entreprises?
Le gouvernement a le devoir d’être un élément animateur et stimulateur auprès des employeurs afin que ces derniers soient encouragés à mettre sur pied des mesures de conciliation famille-travail dans leur entreprise ou leur organisation. Le gouvernement pourrait, par exemple, mettre en place des campagnes de promotion auprès des employeurs et assurer un certain soutien technique, sous forme de conseils et d’aide professionnelle, aux entreprises désireuses d’instaurer de telles mesures, mais qui n’ont pas les compétences à l’interne pour le faire. Mais c’est aux entreprises et aux employés de définir entre eux les mesures de conciliation famille-travail qui leur conviennent.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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