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Dossiers chauds

Les patrons toxiques (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 1 janvier 2004

Mon père, ma mère, mon patron

En fait, le psychiatre organisationnel Jean-Jacques Bourque, qui enseigne notamment les habiletés de direction et de gestion à HEC Montréal, explique que notre relation avec le supérieur rappelle celle vécue avec nos parents. «Nous éprouvons tous un sentiment d’insécurité dès la naissance et nous le conservons jusqu’à la fin de nos jours, dit-il. Enfants, nous sommes dépendants de l’amour et de l’appréciation de nos parents, que nous percevons comme des demi-dieux. S’ils nous jugent mal, c’est désastreux. Plus tard, nous revivons avec notre patron les relations de dépendance de notre enfance. On attend de la reconnaissance de sa part. Si elle vient, tout va pour le mieux. Sinon, on peut ressentir toutes sortes d’émotions négatives.»

Inconsciemment, nous mettons les patrons sur un piédestal, poursuit-il. «Le problème, c’est qu’en réalité, les patrons ne sont pas des êtres parfaits. Ils ont leurs forces et leurs faiblesses.»

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Ce n’est toutefois pas tant le patron qui est toxique pour ses employés que la relation qu’il entretient avec chacun d’entre eux, précise Jean-Pierre Lanthier. Ainsi, un employé qui aime l’autonomie peut vivre une relation toxique avec un patron autoritaire, alors qu’une personne moins sûre d’elle peut apprécier qu’il vérifie constamment son travail.

Mais il ne faut pas pour autant s’en remettre uniquement au boss pour trouver de la satisfaction au boulot, disent la plupart des experts interviewés. «Le rôle du patron n’est pas de rendre ses employés heureux. C’est de les rendre productifs», dit Jean-Jacques Bourque. Les employés aussi ont une responsabilité dans la qualité de la relation, renchérit Jean-Pierre Lanthier. «On ne travaille pas dans des goulags. On vit dans une société démocratique où les travailleurs peuvent faire appel à leurs ressources personnelles ou à celles de l’organisation — comme le syndicat ou le service des ressources humaines — pour régler les conflits.»

Assainir la relation

Démotivation, baisse de performance individuelle et d’équipe, inadéquation entre les objectifs fixés et les résultats, congédiement injustifié, démission, burn-out ou maladie : les agissements d’un mauvais patron peuvent être catastrophiques, autant pour les employés que pour les organisations. «Parfois, des gens très talentueux quittent l’entreprise parce qu’ils n’arrivent pas à supporter le patron», note Geneviève Fortier.

C’est le cas de Maurice (nom fictif), gestionnaire dans l’industrie pharmaceutique, présentement à la recherche d’un emploi pour fuir un tandem de patrons toxiques, l’un mou et l’autre autoritaire. «Mon boss, surnommé la marionnette, obéit au doigt et à l’œil à son supérieur. Jamais il ne prend la défense de ses employés, qu’il ne salue d’ailleurs même pas le matin.» L’alliance entre ces deux supérieurs a entre autres mené au congédiement d’une employée qui avait exprimé un désaccord lors d’une réunion. «En coulisses, ils ont dit ne plus vouloir de têtes fortes dans l’équipe. On ne peut plus faire de réunion sans leur consentement. Une vingtaine de collègues ont suggéré de démissionner en bloc, mais comme nous avons tous des hypothèques à payer, nous avons mis notre idée au réfrigérateur.»

Maurice a choisi de partir. D’autres restent et subissent. Mais dans certains cas, l’employé arrive à «désintoxiquer» la relation. Maude (nom fictif), une coordonnatrice dont la spécialité est de seconder les gestionnaires, a côtoyé... trois patrons exécrables! Elle a réussi à limiter l’emprise de deux d’entre eux.

Ses deux premiers patrons (l’un ingénieur, l’autre neurologue) ne toléraient ni la médiocrité ni les esprits lents. Insultes et commentaires cinglants fusaient lorsqu’ils s’adressaient à leurs subordonnés, évoque Maude. Mais dès que chacun lui a parlé comme si elle était «une tarte», l’employée ne s’est pas laissé faire. «Pas question pour moi de jouer à la victime. J’ai statué que j’étais une fille intelligente et qu’on ne me parlerait pas de la sorte. Il a fallu que je les force à me respecter.» Les deux patrons ont adopté une attitude conciliante et respectueuse à son égard.

Par contre, avec le patron suivant, une gestionnaire autoritaire, Maude a frappé un mur. «Perfectionniste comme je l’étais, je ne me donnais pas droit à l’erreur. Cette femme non plus! J’étais envahie par cette relation. Je travaillais jusqu’à 22 h, je ne dormais plus.» Maude a claqué un burn-out avant de démissionner. Aujourd’hui, elle connaît et respecte mieux ses limites, dit-elle, et travaille pour un patron qui ne lui donne pas de fil à retordre.

Le patron idéal

Plusieurs experts croient qu’on sélectionne de plus en plus les gestionnaires sur la base de leurs qualités personnelles. «Anciennement, ceux qui obtenaient les postes de patrons étaient ceux qui levaient la main le plus haut», dit Rémi Tremblay, président d’Adecco Canada, un géant du recrutement et du placement de personnel. «Aujourd’hui, ce n’est plus le type de leader qu’on veut dans les organisations. Il faut aller vers ceux qui n’ont pas la main levée, mais que tous montrent du doigt.» Au moment de promouvoir un chef d’équipe chez Adecco, le président n’hésite pas à questionner les travailleurs pour savoir quelle personne ils voudraient voir à ce poste.

Un bon patron doit réunir au moins quatre caractéristiques : l’intégrité, l’authenticité, le sens de la communication et l’empathie

«Depuis 10 ou 15 ans, nos clients accordent plus d’importance à la personnalité du dirigeant et moins à ses compétences techniques», affirme Philippe Brassard, président de Brassard & Associés, une firme montréalaise spécialisée dans le recrutement de cadres supérieurs. «Ils recherchent de vrais leaders, à l’écoute de leurs employés, et capables d’utiliser judicieusement les talents de chacun.»

Selon Rémi Tremblay, un bon patron doit réunir au moins quatre caractéristiques élémentaires : l’intégrité (honnêteté, bonne foi), l’authenticité (sincérité, actions cohérentes avec le discours), le sens de la communication (facilité à établir des contacts, expression des sentiments) et l’empathie (capacité d’écoute, compréhension). Ces qualités ont été jugées prioritaires par de jeunes travailleurs interrogés récemment par Adecco dans le cadre d’une étude sur le profil des leaders.


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