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Dossiers chauds

Marche ou crève (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 8 septembre 2006

«La meilleure façon de se mettre sur la voie de service d’une entreprise est de refuser le changement.»
— Pierre Lainey, HEC Montréal

J’aurais donc dû…

La quête d’un idéal n’est pas l’unique facteur qui motive le changement. Pour certains, c’est la volonté de fuir un mal-être. «Ils déménagent au bout du monde, larguent leur famille et quittent leur travail en pensant que l’inconfort qui les habite vient de l’extérieur, explique Hélène Vecchiali, psychiatre, auteure et coach en entreprise à Paris. C’est terrible. Quand j’ai habité à Tahiti, j’ai vu nombre d’Européens y débarquer en espérant que le fait de changer de vie allait les sauver de ce mal-être. Hélas, ils s’étaient emportés avec eux dans leurs valises…»

Ce désenchantement survient surtout lorsque le virage à 180 degrés n’a pas été précédé d’une sérieuse introspection. Une étape que Geneviève ne sautera plus jamais, elle qui a changé de milieu professionnel il y a quelques mois à la suite d’un conflit avec son patron. Elle regrette tellement son geste qu’elle ne peut réprimer ses larmes en entrevue. «J’ai découvert trop tard à quel point j’adorais mon travail. J’ai cru que j’avais besoin de nouveauté, mais en réalité, c’est la relation avec mon supérieur qui m’a dégoûtée. Si j’avais pris le temps de me poser les bonnes questions, je n’en serais pas là aujourd’hui.»

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Enfin, les retournements malheureux surviennent aussi quand les travailleurs cèdent à la tyrannie de la mobilité en entreprise. «À l’intérieur d’une organisation, il est de bon ton de se définir comme un acteur en changement, en montant dans la hiérarchie ou en se déplaçant dans des postes plus stratégiques, par exemple, affirme pour sa part le sociologue Frédéric Lesemann. Même dans les universités, où on peut occuper les mêmes fonctions longtemps, les professeurs ont intérêt à renouveler leurs projets de recherche, à développer un réseau international, à participer à une multitude de congrès. Autrement, ils passent pour des pousseux de crayon

Tenir tête

Mais jouer les go-getter ne garantit pas le bonheur au boulot. C’est ce qu’en a conclu Érick Beaulieu, qui, il y a quelques années, avait mis en veilleuse sa pratique privée de conseiller d’orientation pour faire de la gestion de projet à l’Université du Québec à Montréal. Il est finalement revenu à ses premières amours.

«J’avais 35 ans et je venais d’atteindre une zone de confort dans ma carrière. Un nouveau défi s’est présenté et je l’ai accepté, en bonne partie pour obéir à l’obsession du “toujours plus haut”. Mais j’ai compris que je n’ai rien à prouver à qui que ce soit. Faire de la pratique privée, c’est comme porter des chaussures confortables. Je suis sur le cruise control et je ne vois pas ce qu’il y a de mal là-dedans.»

Jean-François Dugal, 33 ans, endosse totalement cette philosophie. Pas carriériste pour deux sous, il occupe les mêmes emplois depuis huit ans : serveur et correcteur d’épreuves occasionnel pour un ministère. Ses patrons l’apprécient, ses horaires sont souples, il ne subit aucune pression. Que demander de mieux?

«Suivre des formations au travail qui ne serviront plus au bout de huit mois, faire élever ses enfants par d’autres parce que sa carrière est trop exigeante… Cela a beau donner une sensation de mouvement, pour moi, c’est loin de la sensation du bonheur. Mes défis sont ailleurs : rester en forme, me renouveler en tant que père, vivre une vie de couple pleine d’humour et d’intimité. Ça ne me laisse pas de temps pour les cours du soir ou pour un démarrage d’entreprise!»


Des résistants

«Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose, puisque mon travail me satisfait pleinement. Je continue de me dépasser en m’intéressant aux problématiques liées à ma profession et en m’impliquant dans des ateliers et des colloques, par exemple.»
– Érick Beaulieu
conseiller d’orientation depuis 10 ans, et pour longtemps!

«Si vous avez de bonnes relations avec vos collègues, pensez-y deux fois avant de laisser votre boulot. Après tout, la qualité de ces liens compte pour 20 % de votre état mental au travail!»
– Vincent Rousseau
professeur adjoint à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal, où il envisage de faire toute sa carrière.

«Pas besoin de courir après un nouveau défi professionnel quand on s’implique dans l’éducation de ses enfants. Le changement, ils nous l’imposent dans ce qu’il y a de plus beau et de plus vivant : ils grandissent à la vitesse de l’éclair!»
– Jean-François Dugal
papa, serveur et correcteur d’épreuves depuis huit ans.

«J’ai acquis une notoriété dans mon travail et je suis compétent. À 50 ans, je n’ai pas le goût de recommencer à zéro dans un autre travail.»
– Michel Prévost
monteur à la salle des nouvelles de Radio-Canada, depuis 17 ans.
(M.-H. P.)


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