Les recruteurs peuvent pratiquement faire à leur tête lorsque vient le temps de sélectionner un employé, puisqu’un vide juridique entoure le processus de recrutement. Même la Charte des droits et libertés est d’un maigre secours pour protéger les candidats victimes d’abus ou de discrimination.

En 1998, les candidats à un poste d’enquêteur à la Sûreté du Québec en 1998 se sont étonnés de devoir sortir leur portefeuille à chacune des étapes de la sélection : 57,50 $ pour le test de bilinguisme, une trentaine de dollars pour l’examen de la vue, 75 $ pour l’examen médical, 35 $ pour le test d’aptitudes physiques, 125 $ pour celui de conduite automobile… Le quotidien Le Devoir avait à l’époque rapporté les propos de certains candidats offusqués par cette pratique. L’affaire n’a pas eu de suite, aucune plainte n’ayant été déposée auprès de la Commission des droits de la personne.
Les employeurs peuvent-ils faire la pluie et le beau temps en matière de sélection de leurs nouveaux employés? Chose certaine, il manque des mailles au filet de protection des candidats, soutient Marie-France Bich, professeure à la faculté de droit de l’Université de Montréal.
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Lorsqu’il est question de législation du travail, la Commission des normes du travail (CNT) est l’organisme qui vient spontanément à l’esprit. Mauvaise adresse, pourtant : «À la CNT, nous traitons les demandes des travailleurs déjà embauchés», explique le porte-parole Alain Major.
Actuellement, la Commission de protection des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) est la seule à pouvoir donner suite aux doléances d’un postulant qui se croit victime d’abus ou de discrimination. Mais l’organisme ne se mobilise que pour des cas précis de discrimination ayant trait, par exemple, à la race, à la grossesse, à l’orientation sexuelle ou à l’âge. Des 121 plaintes reçues l’an dernier par l’organisme, la majorité relevaient de discrimination sur la base d’un handicap.
«Tant qu’elles sont en lien direct avec les compétences du poste à pourvoir, toutes les épreuves sont permises», dit le porte-parole de la CDPDJ, Robert Sylvestre.
Les candidats s’estimant lésés sont confrontés à des procédures longues et coûteuses, des combats souvent difficiles à mener de front avec une recherche d’emploi! «On a vu des causes relatives au droit du travail qui prennent 10 ans avant de se conclure. Il faudrait prévoir des recours plus simples. Actuellement, c’est vrai que les employeurs ont le gros bout du bâton, même si la majorité n’en abuse pas», ajoute Marie-France Bich. Selon elle, il serait beaucoup plus logique que la Loi sur les normes du travail traite de ces aspects, puisque les employeurs vont beaucoup plus spontanément s’y référer.
Mais au ministère du Travail, on compte sur les organismes communautaires pour soulever ce genre de débat! «On ne peut pas être partout sur le terrain. Les organisations syndicales et communautaires doivent tirer sur la sonnette d’alarme lorsqu’elles constatent que les pratiques changent», dit le porte-parole du ministère, Louis Tremblay.
Le groupe de défense des travailleurs non syndiqués Au bas de l’échelle a planché fort sur des propositions visant à améliorer la Loi sur les normes du travail, qui sera révisée prochainement. Mais aucun aspect de son rapport ne concerne la protection des postulants. «Nous avons beaucoup à faire sur les questions touchant les travailleurs déjà embauchés, explique Linda Nadeau, représentante de l’organisme communautaire. Il y a de nombreuses lacunes dans ce qui touche au monde du travail. On se retrouve parfois devant des situations injustes qui ne sont pourtant pas illégales... Il faut que les gens se plaignent pour que les choses changent.»