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Dossiers chauds

Terre d’écueils (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006

La barrière des ordres

Premiers au banc des «accusés de trahison» : les ordres professionnels. Sonia Delaunay (le nom a été changé), immigrante française, en sait quelque chose. «Accueil hautain, peu d’information» : elle n’a pas trouvé l’ordre qui régit sa profession à l’écoute des nouveaux arrivants en ce qui a trait à la reconnaissance de leur diplôme et de leur expérience professionnelle. Après l’étude de son dossier et l’évaluation de sa formation, «une lettre laconique» lui apprend qu’elle a échoué à cet examen. «Ils ont ignoré mes 12 ans d’expérience et se sont attardés à des questions de différence de vocabulaire entre la France et le Québec, me laissant entendre qu’en France, nous n’étions pas aussi bien formés qu’ici», dénonce Mme Delaunay.

Or, toutes les régions du Québec sont aux prises avec diverses pénuries de professionnels. Indépendance et mission de protection du public sont les principes qui régissent le fonctionnement des ordres professionnels, indique Ana Luisa Iturriaga, et ces mêmes principes justifient leurs critères de sélection. «C’est du protectionnisme!» rétorque Mme Delaunay.

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Reste que, pénurie de personnel oblige, le gouvernement québécois a décidé au printemps dernier de travailler entre autres avec l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et d’autres ordres liés aux professions médicales, pour assouplir les modalités de reconnaissance des formations et des diplômes obtenus à l’étranger. Une dizaine de groupements sont actuellement concernés, d’autres devraient l’être dans les années à venir. Les assouplissements prévus par la loi concernent essentiellement la facilitation et l’accélération de délivrance de permis. Sans établir de calendrier précis, le MICC espère des résultats tangibles d’ici à un an, mais pouvant aller jusqu’à quelques années, selon les ordres et le besoin de personnel dans les professions concernées.

Embaucher ses semblables

Devant la rareté de la main-d’œuvre, nombre d’employeurs québécois ne s’arrêtent pas aux origines des travailleurs et cherchent avant tout des personnes compétentes. Certaines habitudes tenaces laissent cependant encore peu de place aux immigrants.

Marie-Thérèse Chicha, professeure en relations industrielles à l’Université de Montréal, l’a constaté. «Cela me surprend toujours que des entreprises, qui essaient pourtant de se convertir à la diversité culturelle, continuent de recruter à partir de leur réseau de connaissances. Elles ne se rendent pas compte de l’impact de ces pratiques qui font que l’on embauche ceux qui nous ressemblent.»

Mais ce n’est pas le cas de tous. Dessau-Soprin, entreprise lauréate en 2006 du prix Maurice-Pollack, décerné par le MICC pour féliciter les actions en matière d’intégration, a des pratiques originales. Outre les programmes d’accès à l’égalité et à l’équité en emploi, cette société d’ingénierie et de construction de Laval a créé, au printemps 2005, des «postes d’entrée», c’est-à-dire des postes qui permettent à des immigrants techniciens ingénieurs ou ingénieurs qui n’ont pas encore d’expérience locale ni l’autorisation d’exercer de faire leur entrée sur le marché du travail québécois.

«Nous leur confions des tâches moins névralgiques mais au moins, ils travaillent dans leur domaine, et leur expérience antérieure est reconnue», explique Benoit Pouliot, conseiller aux ressources humaines. Ces professionnels sont promus à des fonctions plus importantes dès qu’ils reçoivent le feu vert de leur ordre professionnel pour exercer légalement leur profession. Une dizaine de personnes ont déjà bénéficié de ce dispositif chez Dessau-Soprin. La compagnie n’a toutefois pas l’exclusivité de cette pratique. D’autres entreprises ont recours aux postes d’entrée. «Les plus ouvertes en la matière sont celles qui œuvrent dans la finance, la consultation ou le génie civil, domaines qui connaissent une pénurie de main-d’œuvre», explique Dimitri Girier, conseiller en emploi à l’Agence montréalaise pour l’emploi.

Le marché du travail québécois a ses exigences. Les immigrants l’abordent en cumulant souvent trois handicaps : «le manque d’expérience locale, la méconnaissance du marché de l’emploi et l’absence de réseau de connaissances», énumère Ana Luisa Iturriaga. Mais il y a aussi la méconnaissance des règles de la société d’accueil, ajoute-t-elle. Il faut prendre le temps de déchiffrer les codes de conduite et de s’adapter. «Un comportement admis dans son pays d’origine peut être très mal perçu au Québec.»

Rome ne s’est pas faite en un jour…


Il existe un préjugé qui dit que les immigrants seraient moins vaillants. Les chiffres témoignent pourtant du contraire : 74,9 % des immigrants débarqués de 2001 à 2005 envisageaient de se joindre à la population active. La moyenne québécoise pour la même période est de 65,2 %.

Ils viennent de partout, mais semblent tous viser la même destination. De 2001 à 2005, 88 % des immigrants au Québec se sont établis dans la région métropolitaine, la majorité d’entre eux s’installant sur l’île de Montréal.

Parmi Les immigrants arrivés au Québec de 2001 à 2005, plus de 77 % avaient une scolarité supérieure aux études secondaires, telles qu’on les connaît ici. Seuls 3,2 % des immigrants n’avaient pas dépassé l’école primaire.

Source : Ministère de l’Immigration et des communautés culturellles.


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