Pierre Salducci est arrivé de France en 1989 pour faire un doctorat sur la littérature québécoise. Il n’y est jamais retourné. «Ce n’est pas une immigration décidée d’avance. Ça s’est fait par hasard, avec le temps», dit-il. Il a vécu à Montréal pendant un peu plus de 10 ans et a acquis une solide réputation comme écrivain dans le monde de la littérature gaie.
«Tous mes rêves se sont réalisés au Québec : je voulais travailler dans l’édition, je l’ai fait. Je voulais être critique littéraire, je l’ai fait. Je voulais faire de la télé, je l’ai fait. Je voulais écrire des livres, je l’ai fait. Et tout ça aurait été impossible en France. Je suis très reconnaissant au Québec de m’avoir donné la chance de faire tout ça.»
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Mais Pierre Salducci a finalement quitté le Québec, lui aussi. Il est aux îles Canaries depuis un an, où il est copropriétaire d’un café Internet avec son conjoint. L’écrivain justifie sa décision de façon véhémente, même si Montréal était «un paradis pour les gais». «La situation économique du Québec se détériore; il fait trop froid; il y a un manque évident de culture; la langue française est maltraitée; et je ne me voyais tout simplement pas y vieillir. C’est de plus en plus difficile d’être prospère au Québec lorsqu’on est un intellectuel ou un artiste.»
Selon la présidente de Montréal-Accueil, Edwige Durand, la mauvaise qualité des institutions publiques québécoises est souvent une source de déception pour les Français. «Le niveau, jugé bas, de l’éducation publique, pour ceux qui ne peuvent payer des écoles privées, et l’impossibilité de trouver un médecin de famille ou de bénéficier de visites à domicile pour les enfants malades peuvent être des facteurs de frustration.» L’éloignement de la famille, la politique et le climat sont aussi des facteurs non négligeables dans la décision de certains de revenir sur leur choix.
«C’était une immigration par choix, et quand tu fais des choix, tu peux toujours revenir sur ta décision. Après 10 ans ici, je peux dire qu’aucun des deux pays n’est mieux que l’autre, c’est simplement différent», fait remarquer Florence Lepage, une amie du couple Geoffroy, qui habitait sur le Plateau-Mont-Royal mais qui a tout plaqué cet été pour regagner ses pénates en France, avec mari et enfant.
«Les Français qui retournent chez eux ne voient pas nécessairement leur immigration comme un échec ou une mauvaise expérience. Il s’agit seulement de la fin d’une expérience», juge Arnaud Putz.
Alors, Québécois, ne le prenez pas personnel!
Des immigrants qui parlaient le français à leur admission en 1995, 87 % étaient toujours au Québec en 2006. Chez ceux qui ne connaissaient que l’anglais, ce pourcentage baisse à 75 %, ce qui est presque identique à celui des immigrants ne connaissant ni l’une ni l’autre des deux langues officielles (74,8 %).
Sur les 332 000 immigrants admis au Québec de 1995 à 2004, plus de 80 % étaient toujours sur place en 2006. de la cohorte admise en 1995, 75,6 % vivent encore ici aujourd’hui.