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Dossiers chauds
La génération des beaux, bons, pas chers

CASSÉE!

Pour de nombreux jeunes Québécois, la combinaison bungalow-deux-voitures-deux-enfants-retraite-à-55-ans est une vue de l’esprit. Souvent moins payés que leurs aînés pour un même boulot, privés d’avantages sociaux et de sécurité d’emploi, ils se font manger la laine sur le dos par les employeurs. Les jeunes dorment-ils au gaz?

Par Marie-Hélène Proulx
Photos : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006


Ils sont jeunes, plus scolarisés que jamais et motivés pour deux. En Europe, on les surnomme la «génération low cost». Au Québec, ils n’ont pas encore de nom, mais ils passeront à l’histoire : les jeunes travailleurs d’aujourd’hui forment la première génération à être plus pauvre que celle de leurs parents au même âge, et ce, depuis les 50 dernières années.

On les retrouve par exemple à la Brasserie Labatt, à Montréal. «Quand un travailleur est embauché (principalement un jeune), il a un statut d’occasionnel, gagne 12 $ l’heure et n’a pas d’avantages sociaux, explique le président du syndicat des travailleuses et travailleurs de la Brasserie Labatt, Yanic Beaudry. Alors que pour faire le même travail, l’employé permanent gagne 28,33 $ l’heure, en plus des avantages!»

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Le hic, c’est qu’il faut en moyenne six ans à un nouvel employé pour gagner un statut d’employé permanent. «Avant la grève de 2003, ça prenait 16, 17 ans…», fait remarquer Yanic Beaudry. Pour ajouter à leur malchance, tous les employés embauchés après 1998 peuvent voir leurs postes disparaître au profit de sous-traitants. Les anciens jouissent d’une protection béton à cet égard.

C’est un exemple parmi d’autres qui illustre la tendance à la baisse des conditions de travail depuis le début des années 1990, et qui vise majoritairement les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Résultat : de nos jours, un diplômé universitaire de 25 ans gagne 1 000 $ de moins par mois, en dollars constants, qu’en 1985. Soit le coût mensuel moyen d’une hypothèque au Québec!

Pas jojo

Celui qui a réalisé ce calcul, Frédéric Deschenaux, n’en revient pas. Professeur au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski, il étudie la situation des jeunes en emploi. Ce qu’il découvre le désole.

«Les jeunes âgés de 20 à 34 ans représentent la génération la plus scolarisée de l’histoire du Québec, mais paradoxalement, elle est aussi celle qui a le statut le plus précaire. Selon le ministère de l’Éducation, le taux de placement des diplômés universitaires dans un emploi à temps plein, permanent et lié à leur domaine d’études a dégringolé entre 1982 et 1997, passant de 59,9 % à 37,5 % pour les bacheliers, et de 71,7 % à 48 % pour les titulaires d’une maîtrise. Après 1997, cet indicateur n’apparaît plus dans les données du ministère. Bizarre! La situation était-elle trop catastrophique pour la montrer?»

«Le pire, c’est que tout le monde semble trouver normal que les jeunes vivent dans une telle précarité. À commencer par eux-mêmes!»
— Frédéric Deschenaux, Professeur, Université du Québec à Rimouski

Le constat serait aussi déprimant en ce qui concerne les jeunes de 15 à 24 ans, groupe auquel s’est intéressé Andrew Jackson, directeur du Service des politiques sociales et économiques au Congrès du travail du Canada. «Le salaire réel des jeunes travailleurs a chuté pour atteindre à peine 75 % à 80 % du salaire réel que gagnaient les jeunes de la génération précédente», écrit-il dans un rapport décapant publié en 2005, Plus scolarisés, mal payés et sous-employés : portrait statistique des jeunes travailleuses et travailleurs du Canada.

Le Conseil permanent de la jeunesse mesure la gravité de la situation. «En 2001, on a publié un avis qui concluait que les jeunes sont utilisés comme une main-d’œuvre à bas prix, compétente et jetable, se rappelle Hélène Dumais, vice-présidente du Conseil. Hélas, dans la majorité des cas, le bilan est le même en 2006.»

Cheap labor

À l’heure actuelle, la moitié des jeunes Canadiens de 15 à 24 ans qui n’étudient pas et travaillent à temps plein sont faiblement rémunérés, c’est-à-dire qu’ils gagnent moins de 10 $ l’heure. Un pourtage en hausse constante depuis 1980, selon le Congrès du travail du Canada.

Dans un rapport publié en 2005 par Statistique Canada, Les bons emplois disparaissent-ils au Canada?, les chercheurs René Morissette et Anick Johnson remarquent qu’un écart de plus en plus grand s’est creusé entre les revenus des jeunes travailleurs, pourtant plus éduqués, et celui des employés plus âgés. C’est que les entreprises offrent désormais des salaires moindres aux nouveaux embauchés, tout en maintenant le revenu de leurs travailleurs déjà en place, histoire de ne pas affecter le moral des troupes, et donc leur productivité.

Un constat que le Conseil du patronat du Québec n’a pas jugé bon de commenter à la suite de nos demandes d’entrevue à ce sujet.

C’est légal

Un nombre croissant de travailleurs occupent des emplois atypiques qui ouvrent la porte à l’exploitation. «Nos lois du travail n’interdisent pas la disparité de traitement en fonction du statut d’emploi, contrairement à l’Europe», explique Jean Bernier, professeur au Département de relations industrielles de l’Université Laval et auteur du rapport Les besoins de protection sociale des personnes en situation de travail non traditionnelle.

C’est ainsi que, pour le même poste, un employeur n’est pas légalement tenu d’accorder des conditions et un salaire aussi avantageux à un employé occasionnel et/ou à temps partiel qu’à un employé à temps complet. À une exception près : si le taux horaire accordé est inférieur au double du salaire minimum, l’employeur doit payer ses employés à temps partiel et à temps complet au même salaire. Mais pour les vacances, fonds de pension, sécurité d’emploi, etc., on repassera…

«Le pire, s’indigne Frédéric Deschenaux, c’est que tout le monde semble trouver normal que les jeunes vivent dans une telle précarité. À commencer par eux-mêmes! Depuis le début de leur scolarité, on leur répète que le marché du travail a changé et qu’ils ne devront pas s’attendre à des conditions de travail mirobolantes. Ils ont tellement intériorisé ce discours qu’ils ne réagissent même pas quand ils se heurtent à cette réalité.»


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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