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Dossiers chauds

CASSÉE! (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006

Sièges éjectables

Aujourd’hui, un travailleur sur trois occupe un emploi non traditionnel au Québec. La proportion d’emplois atypiques a augmenté de 20 % de 1976 à 2001, selon Statistique Canada. Le phénomène ne touche pas que les jeunes, mais ce sont eux qui écopent le plus, de l’avis des spécialistes interviewés.

Selon Andrew Jackson, du Congrès du travail du Canada, une personne sur cinq nouvellement embauchée (depuis moins de deux ans) – le plus souvent un jeune travailleur –, occupe un emploi temporaire. C’est le double par rapport à 1989.

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Ce qui fait qu’aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre un jeune se réjouir parce qu’il vient d’obtenir un contrat de remplacement pour un congé de maternité, remarque Frédéric Deschenaux. «Un an, c’est le summum de la stabilité!»

Alexandre-David Filteau, 27 ans, en sait quelque chose. En juillet dernier, ce titulaire d’une attestation d’études collégiales en multimédia a obtenu son premier emploi permanent comme homme de service dans un atelier de peinture, après 10 ans à vivoter d’un contrat à un autre.

Il a fait tous les métiers, de caissier dans une station-service à manutentionnaire, le plus souvent à des salaires médiocres. «Pendant deux ans, j’ai fait partie d’une agence de placement de personnel, et je me suis rendu compte que les employeurs remplaçaient de plus en plus les salariés permanents par du personnel temporaire d’agence. C’est pas fort!»

Jean Bernier observe aussi cette pratique. «Certaines entreprises utilisent de façon systématique du personnel d’agence de travail pour pourvoir à des postes permanents, ce qui constitue un excellent frein à la syndicalisation, explique-t-il. Ces employés temporaires ne gagnent pas un revenu aussi avantageux que s’ils étaient embauchés dans un poste permanent. Et ils n’ont pas d’avantages sociaux. En Europe, il est interdit de faire le marchandage de main-d’œuvre, sauf en cas d’absence temporaire d’un employé, ou d’un surcroît d’ouvrage ponctuel. Ce n’est pas le cas au Québec.»

Johanne Berry, porte-parole de l’Association nationale des entreprises en recrutement et placement de personnel, conteste que le personnel des agences soit défavorisé. «Si une entreprise paye 8 $ l’heure pour un poste à l’expédition, c’est ce salaire qu’on va verser à notre employé. Nos services de recrutement sont facturés à part. Le travailleur n’est donc pas pénalisé. Quant aux avantages sociaux, les entreprises de recrutement en offrent aussi à leur personnel.»

Liberté 75

Simon Langlois, professeur au Département de sociologie de l’Université Laval, reconnaît qu’il y a des disparités entre le revenu des jeunes et celui des générations qui les précèdent, mais se garde d’être alarmiste. «On ne peut pas comparer la situation d’un jeune d’aujourd’hui à celle d’un jeune d’il y a 30 ans. Ils ne vivent pas les mêmes étapes au même âge», nuance-t-il.

«Les hausses salariales surviennent désormais plus tard dans la vie d’un individu, continue le sociologue. Dans les années 1970, il n’était pas rare de gagner un très bon salaire à 22 ans. Maintenant, à cet âge-là, beaucoup étudient tout en ayant un pied dans le marché du travail. Certains prennent une année sabbatique pour voir du pays. Ils commencent à s’établir plus tard.»

La bonne nouvelle, c’est qu’un rattrapage s’opère après l’âge de 30 ans sur le plan du revenu, remarque Simon Langlois. Sauf que cela reporte la retraite aux calendes grecques…

«Je ne veux pas y penser tellement ça me fait paniquer», raconte Marie-Ève, bibliothécaire dans une compagnie qui produit des bases de données. À 30 ans, après un baccalauréat en éducation, une maîtrise en sciences de l’information et sept ans de galère comme contractuelle, elle vient d’obtenir son premier poste permanent. «Je commence à peine à gagner un revenu qui a du bon sens, j’ai un prêt étudiant à rembourser et pas un sou de côté. Je suis déjà trop vieille pour espérer avoir une retraite dorée.»

«Je suis convaincu que c’est par l’action collective que les jeunes réussiront à améliorer leur sort, bien plus que par l’action individuelle.»
— Jean Bernier, Professeur, Université Laval

Hélas, il ne faudrait pas compter sur les fonds de pension collectifs. En 2001, à peine 6,4 % des jeunes de moins de 25 ans étaient couverts par un régime de retraite d’employeur, contre 31,7 % pour l’ensemble de la population active, selon le Congrès du travail du Canada. Et la tendance n’annonce rien de bon. Un sondage effectué par la firme de conseillers en ressources humaines Mercer auprès de 213 compagnies, principalement ontariennes, affirme que 25 % d’entre elles prévoient réduire les protections d’assurance accordées à leurs retraités actuels et futurs, compte tenu de la hausse des coûts.


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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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